Ici on veut bien tous être à poil

 sexiste

J’aime lire. J’aime les livres. J’aime les auteurs. J’aime ceux qui transmettent cet amour : les enseignants, les animateurs, les éditeurs, les libraires, les bibliothécaires, mais aussi les familles, les amis…

Et en ce moment, on assiste à une attaque acharnée contre ces passeurs de livres. Je veux aujourd’hui vous parler des livres jeunesse qu’on veut trier, contrôler, interdire. Et plus généralement des livres comme supports éducatifs à l’école, qui sont questionnés depuis que le gouvernement a décidé de mettre en place un plan pour lutter contre les stéréotypes filles/garçons.

En ce moment, des mairies, des écoles, des librairies, des bibliothèques reçoivent des plaintes, des listes noires de livres, à retirer des rayons, ou au mieux à ne pas mettre à hauteur des petites mains. Que contiennent ces livres ? Des histoires loufoques, des petites filles qui n’aiment pas le rose, des princesses qui n’aiment pas les garçons, des papas qui s’aiment…

Je vais à la bibliothèque avec ma fille. Elle choisit les livres qu’elle veut. Puis on les lit à la maison, et si certains ne me plaisent pas, je le lui dis, je lui explique pourquoi, on en discute. Ces gens, pourquoi ont-ils si peur de livres ? Après tout, ce n’est pas un livre qui va remettre en cause toute une éducation, non, si c’est ça qui leur fait peur ? C’est en tout cas ce que je me dis quand ma fille ramène des livres de princesses mièvres, je ne pense pas pour autant qu’elle finira par devenir une  princesse cul-cul, n’est-ce-pas. Je me prononce vigoureusement pour les contre-exemples, pour la diversité de choix et pour la surprise ! Si certains livres suscitent chez elle des interrogations, j’y réponds, toujours, avec les mots qui me semblent convenir à son âge. Les livres m’ont forcée à répondre à certaines questions désagréables, tant mieux, il y a des sujets qu’on ne peut repousser éternellement, nos enfants ne vivent pas au pays des bisounours. Je me suis également rendue compte à quel point nous projetons notre propre vision du monde, nos propres angoisses, qui ne sont pas celles des enfants. La violence, le conflit, la mort, le grotesque sont souvent présents dans les livres pour enfants. Le loup est mort ? Ma fille jubile. Les petits lapins sont fâchés ? Ma fille prend parti pour l’un, moi plutôt pour l’autre. La sorcière (Agathabaga!) est répugnante avec ses verrues, ses ongles sales, ses décoctions aux cafards et ses toiles d’araignées en guise de rideaux ? Ma fille l’adore, elle ne me demande pas pour autant de l’imiter.

La littérature jeunesse n’est pas un monde à part. On y retrouve la même diversité que dans toute la littérature : des auteurs qui veulent juste vendre, des auteurs qui veulent transmettre des messages, des expériences, des auteurs qui veulent faire rêver et voyager, des auteurs qui ont juste besoin de s’exprimer par ce médium-là. Je les respecte, je les remercie de savoir me surprendre, m’embarquer, de parfois me bousculer, me forcer à me positionner auprès de ma fille.

Deux visions s’affrontent actuellement autour des livres jeunesse (dont les auteurs n’en ont pas demandé tant!). La première, celle à laquelle je souscris entièrement, veut lutter contre les stéréotypes véhiculés dans les livres pour enfants. Pourquoi ? Car ils ont un impact sur la vision qu’ont d’eux-mêmes les enfants, les cantonnant dans une sorte de déterminisme social. Ainsi, les filles ont des activités ménagères et des métiers doux, les garçons vivent des aventures palpitantes et ont des métiers à risque ou à responsabilité (exemple flagrant : les filles sont infirmières quand les garçons sont médecins…). Et cela se retrouve plus tard, dans leur vie d’adultes. Eh bien oui, que les femmes restent à la place que les hommes leur ont assigné, et les vaches seront bien gardées, hein. L’idée au contraire c’est de montrer que même si filles et garçons sont différents, ils peuvent faire la même chose, les mêmes métiers, les mêmes activités, les mêmes sports… Et non seulement je soutiens que les femmes sont les égales des hommes, mais les hommes aussi sont les égaux des femmes, ils ont le droit d’être sentimentaux, de ne pas être « virils », de choisir des métiers dits féminins, car ce qui débecte le plus les conservateurs, ce n’est pas seulement que les femmes puissent sortir de leur rôle, mais que les hommes également puissent transgresser les codes. Tapettes. Bien sûr, ce sont les mêmes que l’on retrouve en pointe dans les manifestations contre l’égalité des droits entre hétéros et homosexuels, et qui mènent cette bataille pour la censure d’un certain nombre de livres jeunesse. Ensuite, les tenants de cette vision qui se veut humaniste souhaitent montrer à travers les livres pour enfants la diversité des situations familiales, montrer que non, la famille ce n’est pas toujours un papa et une maman, et alors. Montrer également que l’amour, ça peut être entre deux hommes ou deux femmes. Bref, éduquer à la différence, ouvrir l’horizon des possibles, un programme épouvantable quoi.

De l’autre côté, des gens qui souhaitent au contraire que les stéréotypes perdurent et que l’homme et la femme gardent une place bien prédéfinie (assignée il y a bien longtemps par les hommes, hein). Leur argument psy (qui sert de vernis à leur phallocratie) c’est que cela construit les enfants, leur permettant l’identification nécessaire au bon développement de leur petite personne. La « confusion des genres » qui serait induite par ces livres est dévastatrice psychologiquement pour les enfants, et pour la société. Pour le reste, on ne peut pas laisser penser aux enfants que la norme n’existe pas, qu’être homosexuel c’est bien et normal, les familles monoparentales ou homoparentales ne doivent pas être banalisées, car elles sont et doivent rester l’exception. Je vous fais grâce des arguments irrationnels, des raccourcis qui mélangent tout et des énormes mensonges, dont ils ne sont pas à court pour défendre coûte que coûte leur vision (ex. de mensonges lus sur divers sites: on veut apprendre la masturbation, la zoophilie, le fétichisme et le sadomasochisme dans les écoles, avec l’aide des supports de lecture). Il est cependant amusant de les voir péniblement essayer de comprendre et de recracher les théories queers, et les relier indûment à la promotion de l’égalité entre les hommes et les femmes mise en place par le gouvernement, ça ne manque pas de sel !

manif pour tous stéréotypessi si c’est vraiment une de leurs affiches!

Alors, doit-on mettre de l’eau dans son vin face à autant de bêtise ? Doit-on trouver un compromis ? Enlever des bouquins des écoles, des bibliothèques ? Doit-on laisser chaque parent seul choisir les lectures de leurs enfants et la façon dont ils veulent que leurs enfants soient éduqués ? Eh bien non, ce n’est pas ça la République, désolée. Si vous voulez que chacun fasse vraiment comme bon lui semble, alors ayons un État constitué de communautés, créées en fonction des affinités, des valeurs, chacun son village, chacun son école, chacun ses livres. Oui, l’école républicaine opère des choix, c’est un endroit où s’affirment les valeurs qui nous permettent de vivre ensemble. Oui, parfois, chacun peut être en désaccord ou heurté par ces choix. A chaque famille de discuter avec ses enfants. Mais quand la République proclame l’égalité et cherche à l’instaurer concrètement, comment ne pas s’en réjouir !

Le patriarcat, car c’est bien de cela dont il s’agit, ne tergiversons pas, cherche dans un ultime sursaut à se défendre. Oui, le patriarcat sent qu’il recule, tant mieux, achevons-le, à coups de bouquins si il le faut!

Pour aller plus loin : le rapport au gouvernement « lutter contre les stéréotypes filles-garçons »

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