Pavot et Mémoire

Anselm Kiefer, « Mohn und Gedächtnis » (Pavot et Mémoire), 1989.

Hamburger Bahnhof, Berlin.


L’automne me mange sa feuille dans la main : nous sommes amis.
Nous délivrons le temps de la coquille des noix et lui apprenons à marcher : le temps retourne dans la coquille.

Dans le miroir c’est dimanche,
dans le rêve on est endormi,
la bouche parle sans mentir.

Mon œil descend vers le sexe de l’aimée :
nous nous regardons,
nous nous disons de l’obscur,
nous nous aimons comme pavot et mémoire,
nous dormons comme un vin dans les coquillages,
comme la mer dans le rai de sang jailli de la lune.

Nous sommes enlacés dans la fenêtre, ils nous regardent depuis la rue :
il est temps que l’on sache !
Il est temps que la pierre se résolve enfin à fleurir,
qu’à l’incessante absence de repos batte un cœur.
Il est temps que le temps advienne.

Il est temps.

 

Paul Celan, Corona, du recueil « Pavot et Mémoire ».



Un article sur la magnifique exposition d’Anselm Kiefer au Grand Palais en 2007

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