la neige des mots

Au bout du quai 10 décembre 2008

Classé dans : Petites histoires — Neige @ 2:27
Tags: , ,

Paul Delvaux

Paul Delvaux, La robe de mariée, 1976.


Il fait encore nuit. J’ai si froid. Ça fait des heures, des jours que je l’attends, au bout du quai, dans cette putain de gare déserte, dans cette putain de brume matinale, des mois maintenant que je l’attends.

En vain. Je sais qu’il ne reviendra jamais. Mais je ne l’apprends pas. Je m’y refuse. Je m’y oppose. Je l’aime tellement, j’ai envie de le hurler aux voies ferrées. Rendez-le moi !

Pour lui j’ai tout perdu. Ma famille, mes amis. Ma dignité. Ma raison. Mon appart qu’il trouvait trop vieillot. Mon chat qui lui filait des allergies.

Est-ce que je n’ai pas toujours su que c’était un arnaqueur et un aventurier, qu’il repartirait sans un mot sans un bruit ? J’ai arrêté de réfléchir, de m’interroger, de contester, j’ai cru qu’il n’y avait plus de questions, j’ai cru qu’il était l’essentiel.

Et le jour où il a pris ce train pour Bruxelles je n’ai même pas vérifié qu’il avait bien un aller-retour ; sa longue étreinte désespérée, qui m’a laissée le souffle court, haletante et humide sur le quai, n’a éveillé aucun soupçon en moi. J’ai envoyé des baisers avec mes mains tout le temps que le train partait, même quand il ne pouvait plus me voir derrière sa fenêtre.

Et quand il n’est toujours pas revenu au bout du week-end, puis au bout de la semaine, puis au bout du mois… Impossible pour moi de comprendre.

Au début j’ai eu carrément envie de me tirer une balle, j’ai joué à la roulette russe avec mon petit flingue. Clic. Clac. J’ai pris diverses drogues. Se laisser sombrer. Profond. Puis j’ai été très en colère, contre lui mais surtout contre moi. Puis je suis devenue folle. Complètement barrée et complètement seule. Je me suis mise à penser qu’il allait revenir, et je me suis mise à aller tous les jours attendre le train de Bruxelles, qui passait à 6h25.

Et ce matin encore me voilà au bout de ce quai, superbe dans ma robe d’un blanc virginal, pomponnée, coiffée, maquillée, parfumée,  épilée, porte-jarretellée, ayant appris par cœur des mots  brûlants que je lui dirais quand il me prendra dans ses bras en descendant. Pour qu’il ne reparte plus jamais. Comme tout les jours je me suis postée au début du quai n°5, à la seule sortie possible, j’ai plissé les yeux pour bien voir les têtes de tous les passagers qui s’éparpillaient, ensuite j’ai descendu le quai jusqu’au bout, vérifié dans le train qu’il n’y avait vraiment plus personne, et me voilà scrutant le lointain des rails avec la main sur le front, comme une femme de marin devant la mer maudite.

Tout à coup au bout de ce quai, dans la clarté  de la lune, je ris, à poumons déployés, un rire formidable, énorme, qui enfle et résonne, libérateur. C’est mon tour de prendre le train. Tout à coup, je veux voir le soleil.  Je veux revivre, je veux m’amuser, je veux créer à nouveau. Et écrire enfin notre histoire pour pouvoir tourner la page.

 

Le meilleur des mondes 17 septembre 2008

Classé dans : Digressions — Neige @ 9:05
Tags:

« Bonjour, je suis Eric, votre conducteur. Bienvenue à bord de votre IDTGV.

Les voitures n°4, 8, 12 et 16 sont des wagons IDzen, espaces de calme et de détente. Vous êtes priés d’éteindre vos téléphones et d’adopter la zen attitude.

Les autres wagons sont des IDzap, espaces de convivialité. Si ce n’est pas encore fait, c’est le moment de saluer votre voisin.

Les baristas, Alex et Jérémy, sont à votre disposition dans la voiture bar, vous pourrez y écouter de la musique et y louer les derniers DVD sortis ainsi que la PSP.

Bon voyage sur IDTGV. »

TGV Paris-Nantes.