Un rire suraigu m’extirpe de ma torpeur. Je m’aperçois que je regarde TV5 depuis 3 h et que je scotche sur le jt suisse. J’écrase mon mégot.
Je vais à la cuisine. L’appart est plongé dans le noir. Putain il fait tout le temps nuit dans ce pays. Je mets une pizza au four. J’allume la petite lampe rouge du salon et une clope. Je tourne en rond.
Un brouhaha, des rires, du son, ya une fête chez les voisins.
J’aimerais bien monter, boire un verre avec des gens, danser. Ça fait si longtemps que je n’ai parlé à personne, j’ai l’impression que je n’y arriverai pas, que ma bouche va rester pâteuse et qu’aucun mot n’en sortira. A la limite si je pouvais parler français mais là.
La pizza est prête. Je sers aussi à manger au chat, comme ça on mange ensemble. J’écoute les bruits du dessus. J’essaie de m’imaginer la soirée. Ya du monde, la musique est forte, c’est de l’électro, des talons claquent. J’hésite. J’ai vraiment envie d’y aller, si ça se trouve je vais rencontrer des gens sympas, de toute façon j’ai rien à perdre. Je suis en pyjama, faudrait que je m’habille.
Je me dirige vers la salle de bain. Les mains sur le lavabo, je me regarde dans le miroir et je me parle. J’essaie de me motiver. Il fait si froid j’ai même pas le courage de me doucher. Je me mets à pleurer. En fait je n’ai le courage de rien, à quoi bon monter, personne ne me parlera et je me sentirai encore plus seule après. La force me manque pour m’habiller, me composer un visage et me mêler aux conversations. En même temps c’est peut-être justement la soirée qui va me faire sortir de cette solitude, tout pourrait changer si je me faisais des potes dans ce pays.
Je sais pas.
Je retourne dans le salon. Je m’assied, le chat s’approche, je lui demande son avis. Il ronronne. Je suis pathétique.
Je me relève, je tourne en rond. Ils écoutent Blondie là. J’adore. Je chantonne et esquisse un pas de danse. Je rapporte l’assiette dans la cuisine, je fais la vaisselle. Je retourne dans le salon, j’allume une clope. Je tourne en rond.
Je vais dans la chambre, je regarde les fringues que je pourrais mettre pour sortir. Je m’assied sur le lit je pleure puis je me mets en colère contre moi. Je retourne à la salle de bain, je me douche, je m’emmitoufle dans le peignoir, je me maquille.
Je mets mes longues boucles d’oreilles bleues.
Je suis comme saisie d’un doute. Je retourne dans le salon. Je tourne en rond. La fête bat toujours son plein, j’ai même l’impression que c’est encore plus bruyant, ils dansent. A cette heure là ils doivent être déjà bien bourrés. J’allume une clope.
Je m’étends en peignoir et je reste là à écouter la fête jusqu’à ce que les derniers bruits s’éteignent.

