la neige des mots

La fanfare électronique 18 septembre 2008

Classé dans : Mes yeux mes oreilles — Neige @ 10:50
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“Quand l’homme marche des jours à travers la steppe il ne rêve que d’une chose : rencontrer une ville. Et, avant même cette hypothétique rencontre, ses pensées la créent de toute pièce.”

Le concert-spectacle “Trois villes imaginaires” a été inspiré par l’œuvre de l’écrivain Italo Calvino “Les Villes Invisibles”. Marco Polo raconte à l’empereur Kublai Khan les villes qu’il a rencontrées lors de ses grands voyages. Chaque ville porte le nom d’une femme. Des villes fantasmatiques, rêvées, improbables, poétiques. Armille qui est faite sans murs, Octavie la ville toile d’araignée, Eutropie qui contient plusieurs villes habitées à tour de rôle, Irène qui change quand on l’approche, Isaura la ville aux mille puits, Raïssa la ville triste qui contient une ville heureuse, Despina la ville des confins entre deux déserts… Des villes qui “comme les rêves sont faites de désirs et de peurs”. C’est un très beau texte, et le thème des villes fantasmées me parle particulièrement.

Pour chacune de ces villes imaginaires (Zobéîde, Clarisse et Octavie), La fanfare électronique a conçu un paysage sonore. Assistez à une partie d’échec entre Marco Polo et le Grand Khan. Plongez dans les atmosphères que crée cette fanfare d’un autre type avec ses instruments-machines…

Concert de musique expérimentale
21 septembre à 20h au chapiteau d’Adrienne (18ème)

http://www.myspace.com/fanfareelectronique

http://www.fanfare-electronique.com/

http://www.chapiteau-adrienne.fr/new/spip.php?article61

Extraits des “Villes invisibles” d’Italo Calvino

“A Ersilie, pour établir les rapports qui régissent la vie de la ville, les habitants tendent des fils qui joignent les angles des maisons, blancs, ou noirs, ou gris, ou blancs et noirs, selon qu’ils signalent des relations de parenté, d’échange, d’autorité, de délégation. Quand les fils sont devenus tellement nombreux qu’on ne peut plus passer au travers, les habitants s’en vont : les maisons sont démontées, il ne reste plus que les fils et leurs supports (…) Ils réédifient Ersilie ailleurs”

“Je dirai maintenant comment est faite Octavie, ville-toile d’araignée. Il y a un précipice entre deux montagnes escarpées : la ville est au-dessus du vide, attachée aux deux crête par des cordes, des chaînes et des passerelles (…) En dessous, il n’y a rien pendant des centaines et des centaines de mètres : un nuage circule ; plus bas on aperçoit le fond du ravin. Telle est la base de la ville : un filet qui sert de lieu de passage et de support. Tout le reste, au lieu de s’élever par-dessus, est pendu en dessous : échelles de corde, hamacs, maisons en forme de sacs, terrasses semblables à des nacelles, outres pour l’eau, becs de gaz, tournebroches, paniers suspendus à des ficelles, monte-charges, douches, pour les jeux trapèze et anneaux, téléphériques, lampadaires, vases de plantes aux feuillages qui pendent. Suspendue au-dessus de l’abîme, la vie des habitants d’Octavie est moins incertaine que dans d’autres villes. Ils savent que la résistance du filet a une limite.”

“Celui qui va à Baucis ne réussit pas à la voir, et il est arrivé. Des perches qui s’élèvent du sol à grande distance les unes des autres et se perdent au-dessus des nuages soutiennent la ville. On y monte par de petits escaliers. Les habitants se montrent rarement à même le sol, ils préfèrent ne pas descendre. Rien de la ville ne touche terre en dehors de ces longues pattes de phénicoptère sur lesquelles elle s’appuie (…) On fait trois hypothèses sur les habitants de Baucis : qu’ils haïssent la Terre ; qu’ils la respectent au point d’éviter tout contact avec elle ; qu’ils l’aiment telle qu’elle était avant eux, et que s’aidant de longues-vues et de télescopes pointés vers le bas, ils ne se lassent pas de la passer en revue, feuille par feuille, rocher par rocher, fourmi par fourmi, y contemplant fascinés leur propre absence”

 

Les Solidays en touriste 9 juillet 2008

Classé dans : Mes yeux mes oreilles — Neige @ 3:57
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Je suis allée aux Solidays ce week-end. Ceux d’entre vous qui me connaissent doivent trouver ça curieux, en effet ce grand barouf sous prétexte d’une bonne cause ne m’a jamais tenté. Et puis ce qu’on en connaît c’est une marée humaine qui suit le concert sur écrans géants (en fait j’ai été agréablement surprise, il y a plusieurs chapiteaux de taille raisonnable où on peut vraiment s’approcher de la scène, et on ne se sent pas oppressé par le monde).

Dimanche après-midi, en pyjama dans mon canapé à looser devant une série américaine, le téléphone sonne et Petit agité me propose de venir avec lui aux Solidays car il s’y retrouve invité en dernière minute. Nous voilà donc à l’hippodrome de Longchamp ! Bon, déjà, impossible de trouver un plan du site, donc on était un peu paumés, le temps que quelqu’un nous prête le sien, hop on repère quelle scène s’appelle comment. Ensuite, on se met en quête d’une boisson… échoppes de fringues et marchands de n’importe quoi, buvettes de thé à la menthe, des dizaines de stands de nourriture, toutes les régions de France et du monde représentées culinairement, mais d’alcool divers, point ! On ne trouve que de la bière (et je n’en bois pas !). Apparemment, ce ne serait pas très politiquement correct d’être complètement bourré à un festival de lutte contre le sida. Le festival est sponsorisé Heineken, ils ont bien réussi leur coup puisqu’on ne trouve que cette marque sur tout le site ! Bon, après avoir tourné longtemps, j’ai trouvé le seul stand avec un cubis de vin ! Sauvée !

Mais le temps de faire tout ça, on a déjà raté un concert, et maintenant on a envie de pisser, et la queue est longue ! En faisant la queue, on regarde les gens sauter en élastique au-dessus du site (si si), et on essaie de sympathiser avec des gens, bof, ils sont sympas mais peu enclins à bavasser avec le 1er venu. On n’est vraiment pas dans un festival comme les autres, ici tout est clean et balisé, il n’y a pas une ambiance de folie. On ne retrouve pas l’ambiance des festivals que j’aime, un peu crados et hystériques mais où on parle avec pleins de gens et où on a l’impression de vivre des moments intenses musicalement et humainement.

Pour la bonne cause : le village associatif est déjà fermé quand on arrive, et il faut faire la démarche d’y entrer en journée, sur notre chemin on croise des stands de toutes sortes, dont un stand « Guitar Hero » ( !), mais les stands associatifs sont pour la plupart confinés dans un coin. Sur le site, on ne croise pas de militants qui distribuent capotes ou tracts de prévention.

Quant aux concerts : Les cowboys fringuants : ça ne m’a pas trop plu, trop de violon, ça m’a rappelé du vieux Louise Attaque, en moins bien… Psy 4 de la Rime, c’est pas terrible, bon, allons voir d’autres rappeurs marseillais : I AM est dans la place, sur une scène en plein air. On s’attarde pas, mais ils ont la classe quand même. Bien qu’ils ne puissent s’empêcher d’être un peu moralisateurs entre leurs chansons (blabla le vrai hip hop c’est ça bla bla pourquoi on est là). Ah, enfin un groupe sur lequel on peut sauter partout : La caravane passe, fanfare tzigane, très festive.

Et notre dernier concert, énorme : The Gossip ! Une énergie folle, de l’humour, un vrai échange avec le public, des reprises surprises (I wanna be your dog des Stooges et Please don’t stop the music de Rihanna), Beth en sous-vêtements sous une robe transparente qui fait des bisous à tout le monde, un son qui envoie, une batteuse qui déchire, c’est vraiment rock et en même temps on danse, j’adore!

Ecouter The Gossip

Beth Ditto, l’extravagante chanteuse de « The Gossip »

 

La “baroque académie” 21 juin 2008

Classé dans : Mes yeux mes oreilles — Neige @ 2:53
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Après la Star ac’ et autres Nouvelles stars, qui ont au moins le mérite de permettre à des musiciens de cachetonner, France 3 nous présente la “baroque académie”! Documentaire sur lequel je suis tombée cette nuit en redif. La baroque académie suit les auditions puis les dix candidats sélectionnés pour “Le jardin des voix”, une formation intensive pour jeunes talents dirigée par le chef d’orchestre William Christie. Leur Baltard à eux, c’est le théâtre de Caen, début d’une tournée à travers le monde.

Et bien, j’ai adoré! Je me suis attachée à ces candidats de tous les pays, leurs doutes, leur joie à chanter et partager, leur sincérité et humilité face aux maîtres et au public. C’est passionnant de voir comment ils travaillent, vont chercher leurs émotions, chantent l’amour, la colère et la souffrance, comme Amaya la française qui interprète une reine magnifique trahie par son amant dans “Rinaldo” de Haendel. Des interprétations qui m’ont fait redécouvrir la musique vocale de Haendel, Purcell et Monteverdi, dans des interprétations fortes, pleines d’émotion et de passion.

Un beau documentaire, et on est loin de l’image qu’on peut avoir d’un milieu baroque élitiste, poussiéreux, se disputant sur les interprétations (doit-on jouer la musique baroque sur instruments modernes ou uniquement anciens? Avec un grand ou un petit ensemble? Régler la hauteur du diapason en 415 ou en 440 hertz ? etc).

Un pur moment de grâce à la télé.

Barbara Hendricks chante Purcell (écouter track 2, 23)