“Quand l’homme marche des jours à travers la steppe il ne rêve que d’une chose : rencontrer une ville. Et, avant même cette hypothétique rencontre, ses pensées la créent de toute pièce.”
Le concert-spectacle “Trois villes imaginaires” a été inspiré par l’œuvre de l’écrivain Italo Calvino “Les Villes Invisibles”. Marco Polo raconte à l’empereur Kublai Khan les villes qu’il a rencontrées lors de ses grands voyages. Chaque ville porte le nom d’une femme. Des villes fantasmatiques, rêvées, improbables, poétiques. Armille qui est faite sans murs, Octavie la ville toile d’araignée, Eutropie qui contient plusieurs villes habitées à tour de rôle, Irène qui change quand on l’approche, Isaura la ville aux mille puits, Raïssa la ville triste qui contient une ville heureuse, Despina la ville des confins entre deux déserts… Des villes qui “comme les rêves sont faites de désirs et de peurs”. C’est un très beau texte, et le thème des villes fantasmées me parle particulièrement.
Pour chacune de ces villes imaginaires (Zobéîde, Clarisse et Octavie), La fanfare électronique a conçu un paysage sonore. Assistez à une partie d’échec entre Marco Polo et le Grand Khan. Plongez dans les atmosphères que crée cette fanfare d’un autre type avec ses instruments-machines…
Concert de musique expérimentale
21 septembre à 20h au chapiteau d’Adrienne (18ème)
http://www.myspace.com/fanfareelectronique
http://www.fanfare-electronique.com/
http://www.chapiteau-adrienne.fr/new/spip.php?article61
Extraits des “Villes invisibles” d’Italo Calvino
“A Ersilie, pour établir les rapports qui régissent la vie de la ville, les habitants tendent des fils qui joignent les angles des maisons, blancs, ou noirs, ou gris, ou blancs et noirs, selon qu’ils signalent des relations de parenté, d’échange, d’autorité, de délégation. Quand les fils sont devenus tellement nombreux qu’on ne peut plus passer au travers, les habitants s’en vont : les maisons sont démontées, il ne reste plus que les fils et leurs supports (…) Ils réédifient Ersilie ailleurs”
“Je dirai maintenant comment est faite Octavie, ville-toile d’araignée. Il y a un précipice entre deux montagnes escarpées : la ville est au-dessus du vide, attachée aux deux crête par des cordes, des chaînes et des passerelles (…) En dessous, il n’y a rien pendant des centaines et des centaines de mètres : un nuage circule ; plus bas on aperçoit le fond du ravin. Telle est la base de la ville : un filet qui sert de lieu de passage et de support. Tout le reste, au lieu de s’élever par-dessus, est pendu en dessous : échelles de corde, hamacs, maisons en forme de sacs, terrasses semblables à des nacelles, outres pour l’eau, becs de gaz, tournebroches, paniers suspendus à des ficelles, monte-charges, douches, pour les jeux trapèze et anneaux, téléphériques, lampadaires, vases de plantes aux feuillages qui pendent. Suspendue au-dessus de l’abîme, la vie des habitants d’Octavie est moins incertaine que dans d’autres villes. Ils savent que la résistance du filet a une limite.”
“Celui qui va à Baucis ne réussit pas à la voir, et il est arrivé. Des perches qui s’élèvent du sol à grande distance les unes des autres et se perdent au-dessus des nuages soutiennent la ville. On y monte par de petits escaliers. Les habitants se montrent rarement à même le sol, ils préfèrent ne pas descendre. Rien de la ville ne touche terre en dehors de ces longues pattes de phénicoptère sur lesquelles elle s’appuie (…) On fait trois hypothèses sur les habitants de Baucis : qu’ils haïssent la Terre ; qu’ils la respectent au point d’éviter tout contact avec elle ; qu’ils l’aiment telle qu’elle était avant eux, et que s’aidant de longues-vues et de télescopes pointés vers le bas, ils ne se lassent pas de la passer en revue, feuille par feuille, rocher par rocher, fourmi par fourmi, y contemplant fascinés leur propre absence”

