Edward Hopper, Eleven A.M., 1926.

En écho au billet de Magda sur les affres de la création et l’acte d’écriture, voici quelques passages du livre de Marguerite Duras : “Ecrire”
« Je peux dire ce que je veux, je ne trouverai jamais pourquoi on écrit et comment on n’écrit pas.»
“Se trouver dans un trou, au fond d’un trou, dans une solitude quasi-totale et découvrir que seule l’écriture vous sauvera. Etre sans sujet aucun de livre, sans aucune idée de livre c’est se trouver, se retrouver, devant un livre. Une immensité vide. Un livre éventuel. Devant rien. Devant comme une écriture vivante et nue, comme terrible, terrible à surmonter. Je crois que la personne qui écrit est sans idée de livre, qu’elle a les mains vides, la tête vide, et qu’elle ne connaît de cette aventure du livre que l’écriture sèche et nue, sans avenir, sans écho, lointaine, avec ses règles d’or, élémentaires : l’orthographe, le sens. “
“Ça rend sauvage l’écriture. On rejoint une sauvagerie d’avant la vie. Et on la reconnaît toujours, c’est celle des forêts, celle ancienne comme le temps. Celle de la peur de tout, distincte et inséparable de la vie même. On est acharné. On ne peut écrire sans la force du corps. Il faut être plus fort que ce que l’on écrit. “
“Écrire c’est aussi ne pas parler. C’est se taire. C’est hurler sans bruit.”
“L’écriture c’est l’inconnu (…) l’inconnu de soi, de sa tête, de son corps. Ce n’est même pas une réflexion, écrire, c’est une sorte de faculté qu’on a à côté de sa personne, parallèlement à elle-même, d’une autre personne qui apparaît et qui avance, invisible, douée de pensée, de colère, et qui quelquefois, de son propre fait, est en danger d’en perdre la vie (…) Ecrire c’est tenter de savoir ce qu’on écrirait si on écrivait – on ne le sait qu’après – avant, c’est la question la plus dangereuse que l’on puisse se poser. “
Lire Magda : http://cequetulis.wordpress.com/2008/07/28/linsoutenable-pesanteur-de-lartiste/

