la neige des mots

Poésie et cut up 11 mai 2009

Classé dans : Mes yeux mes oreilles — Neige @ 6:49
Tags: , , , ,

Ponyo

En sortant du cinéma, joyeuse et enfantine, je repense à Ponyo en sautillant…

J’ai complètement craqué  sur “La petite sirène” version Myazaki, une petite fille-poisson rouge débordante de gaieté qui veut devenir humaine pour vivre avec son amoureux Sosuke, le petit garçon courageux qui vit dans la maison sur la falaise.

“Ponyo sur la falaise” est une merveille de poésie et de fantaisie. Le monde aquatique envahit tout le film, la mer vit, les fonds marins irradient autour de la bulle du sorcier, les vagues déferlent sur la petite ville et l’engloutissent, Ponyo court sur des vagues-poissons, des poissons antiques nagent au-dessus des routes…

Les dessins sont tous réalisés à la main, on est loin des films d’animation habituels à gags, comique de répétition et morale, impeccablement dessinés sur ordinateur. “Ponyo sur la falaise” est un conte déroutant, enchanteur, tendre et joyeux!

Un katsudon plus tard, pas envie de dormir, rien de tel que le zapping de nuit sur ARTE…

Et je tombe sur “Cut up”, une série de mini-documentaires (quelques minutes) sélectionnés sur un thème, cette fois le pouvoir, et introduits par le nonchalant et décalé Jackie Berroyer.

Des étudiants ont 2 minutes pour convaincre leur coach, qui veut “du clinquant, du panache” ; Fons défie Ying, le chef des chimpanzés, pour prendre le pouvoir ; on assiste à une battle hip hop ; la maitresse de Clinton fait des révélations ; on apprend que tuer peut rendre joyeux ; Steve Ballmer est hystérique ; le videur de la boite de nuit en voit des vertes et des pas (ou trop?) mûr(e)s ; un avion bombarde une cacahouète ; les élections de délégués de la classe deviennent un enjeu démesuré et l’assistante prend le pouvoir sur l’agenda du directeur…

J’attends la prochaine émission (variations sur le thème du travail)  avec impatience!

Voir la dernière émission (dispo 1 semaine):  Le pouvoir

Cut up, sur ARTE chaque samedi du 2 mai au 13 juin 2009, à 18h05 (et rediffusé le dimanche à 1h15).

 

Le festin chinois 17 décembre 2008

Classé dans : Mes yeux mes oreilles — Neige @ 5:49
Tags: ,

Le festin chinois

Sun a vraiment besoin d’argent pour aller rejoindre sa copine au Canada, mais il refuse de continuer à se joindre à la pègre locale. Il triche à un concours de cuisine et se fait embaucher dans un restaurant réputé, où il provoque catastrophe sur catastrophe. Il se rapproche de la fille du chef, l’excentrique voire hystérique Au Ka-Wai. Lorsque le restaurant se retrouve menacé par un maître cuisinier qui lui lance le défi de remporter le festin impérial, Sun va tout faire pour que son restaurant triomphe.

Le film pourrait être un banal film comique à l’humour bien chinois, si il ne tournait pas autour de la gastronomie et si le burlesque n’était pas poussé à son comble (par exemple le ballet avec le poisson géant dans le restaurant et la succession de gaffes pendant la rencontre des mafieux). L’intrigue principale du film est le duel culinaire que se livrent les candidats à la préparation du festin impérial, le mythique festin aux 103 plats. Les préparations culinaires sont chorégraphiées et filmées comme du kung-fu, l’oignon se coupe au sabre, les nouilles volent au-dessus des woks, les recettes sont dingues (patte d’ours dans sa glace, trompe d’éléphant au miel) et présentées avec raffinement.

Les cuisiniers sont interprétés par des artistes martiaux, et le film intègre l’art martial dans la plus pure tradition du « film de sabre chinois » (ou wu xia pian) : le défi entre deux écoles différentes, le combat entre le bien et le mal, entre le désir et le devoir, la rédemption et le retour du héros déchu, son entraînement pour recouvrer sa force et le combat final. Le tout enrobé d’une dose d’humour énorme.

A noter qu’il existe vraiment en Chine un concours de cuisine qui oppose tous les cinq ans pendant plusieurs jours  les meilleures toques chinoises, avec les recettes et les présentations les plus  sophistiquées qui soient.

 

Freak me out 14 novembre 2008

Classé dans : Mes yeux mes oreilles — Neige @ 4:25
Tags: , , ,

freaks

“Freaks, la monstrueuse parade” de Tod Browning, 1932.

“Nous ne vous avons pas menti, nous vous avions annoncé des monstres, et vous avez vu des monstres. Ils vous ont fait rire et trembler… Pourtant, si le hasard l’avait voulu, vous pourriez être l’un d’eux. Ils n’ont pas demandé à naître, mais ils sont nés, ils vivent. Ils ont leurs codes, leurs lois. Offenser l’un d’entre eux, c’est les offenser tous…”

Bienvenue au cirque Tetrallini, où le bonimenteur vous promet que allez voir la plus monstrueuse créature du monde, qui fut pourtant autrefois une superbe femme adulée.

Le lilliputien Hans a délaissé sa fiancée, l’adorable écuyère naine Frieda, depuis que la belle trapéziste Cléopâtre lui a accordé ses faveurs. Mais une personne “normale” peut-elle aimer un freak ? Entre les roulottes, les amis de Hans, l’homme-tronc, Joseph/Joséphine à la fois homme et femme, les sœurs siamoises et leur fiancé bègue, l’homme-ver ou encore la femme à barbe, n’y croient pas. Cléopâtre, bien décidée à mettre la main sur la fortune de Hans avec l’aide de son amant Hercule, le M. Muscle du cirque, épouse le nain énamouré, rejette avec dégout la proposition des freaks de faire partie des leurs et tente d’empoisonner Hans. Les freaks vont alors se venger de Cléopâtre et en faire à son tour un monstre…

Un vrai film bizarre, qui interpelle et interroge le rapport à la normalité et au corps. Le film est en grande partie réaliste et montre le quotidien du cirque. Les freaks du film, notamment produits par le cirque Barnum, sont tous réels, ils étaient même de véritables stars à l’époque. L’histoire des freaks a travers les temps est d’ailleurs passionnante (un aperçu ici, une bibliographie et si vous voulez voir des photos de certaines de ces célébrités, ici et ). Sorti par la Metro Goldwin Mayer à une époque où les Frankenstein et autres Dracula (que Tod Browning a d’ailleurs également réalisé) cartonnaient, le traitement cinématographique du “monstre humain” en prend le contrepied et reste vraiment unique,  les freaks n’y sont pas esthétisés. Certaines scènes sont très sombres, angoissantes comme lorsque l’homme-ver rampe sous les roulottes, quand les personnages s’épient (Joseph/Joséphine voyeur/voyeuse des ébats de Cléopâtre et d’Hercule) et bien sûr la scène dans laquelle ils se vengent cruellement, mais il y a aussi de la tendresse, comme dans la romance entre le clown et la dresseuse d’animaux ou dans le personnage de Madame Tetrallini, et de l’humour, dans les chamailleries croisées du fiancé bègue avec les sœurs siamoises ou encore lorsque l’homme-ver se roule une clope. Les deux scènes magistrales du film sont la scène du mariage (regarder ) et la scène de vengeance.

Ici : un article intéressant sur Phineas Taylor Barnum ” l’exhibitionniste génial, le montreur de sirènes et de frères siamois, le showman numéro un des Etats-Unis, l’Homo americanus par excellence, plus médiabolique que Michael Jackson, plus pop que Warhol, plus trash que Jackass, plus inhumain que le Joker de Batman, plus bizarre que Tim Burton, plus fin connaisseur de la Société du Spectacle que Guy Debord, plus subtil magicien de la simulation et du simulacre que Jean Baudrillard. Barnum incarne la pensée de Walter Benjamin, selon lequel la modernité est cette expérience où “le choc est devenu la norme”. Il a mis l’excentricité au centre du monde. Pour s’insinuer dans les consciences, il est prêt à tout: à la fantaisie la plus burlesque comme à la plus atroce abjection.”

freaks la monstrueuse parade

 

Les Solidays en touriste 9 juillet 2008

Classé dans : Mes yeux mes oreilles — Neige @ 3:57
Tags: , , ,

Je suis allée aux Solidays ce week-end. Ceux d’entre vous qui me connaissent doivent trouver ça curieux, en effet ce grand barouf sous prétexte d’une bonne cause ne m’a jamais tenté. Et puis ce qu’on en connaît c’est une marée humaine qui suit le concert sur écrans géants (en fait j’ai été agréablement surprise, il y a plusieurs chapiteaux de taille raisonnable où on peut vraiment s’approcher de la scène, et on ne se sent pas oppressé par le monde).

Dimanche après-midi, en pyjama dans mon canapé à looser devant une série américaine, le téléphone sonne et Petit agité me propose de venir avec lui aux Solidays car il s’y retrouve invité en dernière minute. Nous voilà donc à l’hippodrome de Longchamp ! Bon, déjà, impossible de trouver un plan du site, donc on était un peu paumés, le temps que quelqu’un nous prête le sien, hop on repère quelle scène s’appelle comment. Ensuite, on se met en quête d’une boisson… échoppes de fringues et marchands de n’importe quoi, buvettes de thé à la menthe, des dizaines de stands de nourriture, toutes les régions de France et du monde représentées culinairement, mais d’alcool divers, point ! On ne trouve que de la bière (et je n’en bois pas !). Apparemment, ce ne serait pas très politiquement correct d’être complètement bourré à un festival de lutte contre le sida. Le festival est sponsorisé Heineken, ils ont bien réussi leur coup puisqu’on ne trouve que cette marque sur tout le site ! Bon, après avoir tourné longtemps, j’ai trouvé le seul stand avec un cubis de vin ! Sauvée !

Mais le temps de faire tout ça, on a déjà raté un concert, et maintenant on a envie de pisser, et la queue est longue ! En faisant la queue, on regarde les gens sauter en élastique au-dessus du site (si si), et on essaie de sympathiser avec des gens, bof, ils sont sympas mais peu enclins à bavasser avec le 1er venu. On n’est vraiment pas dans un festival comme les autres, ici tout est clean et balisé, il n’y a pas une ambiance de folie. On ne retrouve pas l’ambiance des festivals que j’aime, un peu crados et hystériques mais où on parle avec pleins de gens et où on a l’impression de vivre des moments intenses musicalement et humainement.

Pour la bonne cause : le village associatif est déjà fermé quand on arrive, et il faut faire la démarche d’y entrer en journée, sur notre chemin on croise des stands de toutes sortes, dont un stand « Guitar Hero » ( !), mais les stands associatifs sont pour la plupart confinés dans un coin. Sur le site, on ne croise pas de militants qui distribuent capotes ou tracts de prévention.

Quant aux concerts : Les cowboys fringuants : ça ne m’a pas trop plu, trop de violon, ça m’a rappelé du vieux Louise Attaque, en moins bien… Psy 4 de la Rime, c’est pas terrible, bon, allons voir d’autres rappeurs marseillais : I AM est dans la place, sur une scène en plein air. On s’attarde pas, mais ils ont la classe quand même. Bien qu’ils ne puissent s’empêcher d’être un peu moralisateurs entre leurs chansons (blabla le vrai hip hop c’est ça bla bla pourquoi on est là). Ah, enfin un groupe sur lequel on peut sauter partout : La caravane passe, fanfare tzigane, très festive.

Et notre dernier concert, énorme : The Gossip ! Une énergie folle, de l’humour, un vrai échange avec le public, des reprises surprises (I wanna be your dog des Stooges et Please don’t stop the music de Rihanna), Beth en sous-vêtements sous une robe transparente qui fait des bisous à tout le monde, un son qui envoie, une batteuse qui déchire, c’est vraiment rock et en même temps on danse, j’adore!

Ecouter The Gossip

Beth Ditto, l’extravagante chanteuse de « The Gossip »

 

“La nouvelle vie de Monsieur Horten” 30 juin 2008

Classé dans : Mes yeux mes oreilles — Neige @ 7:09
Tags: ,

La Norvège. Un train sous la neige. M. Horten, machiniste, a vécu toute une vie pleine de petites habitudes, de rituels minutieux, de conversations sur les trains. Ses collègues et lui ont pour passion de se passer des enregistrements de sons de trains et de reconnaitre de quelle ligne il s’agit! Et le jour ou il prend sa retraite, la veille de raccrocher d’une vie de travail, quelque chose se dérègle dans sa vie. Lui qui n’a jamais raté un de ses trains, se laisse émouvoir par ce petit garçon qui veut qu’il attende qu’il s’endorme avant de partir ; il se laisse aller, s’endort à son tour et rate son dernier train. A partir de là, M. Horten entame une nouvelle vie, où tout est possible, même se balader dans Oslo avec des talons rouges ou fumer sa pipe au beau milieu d’un tarmac. Il regarde le monde autour de lui, se laisse aller à des rencontres étonnantes, comme ce vieux monsieur qui rêve de conduire sans regarder, à l’aveuglette, comme il faisait étant jeune, persuadé d’avoir le don de voir les yeux fermés. Tout est dans le regard décalé qu’il porte tout à coup sur sa vie et sur les gens, ce quelque chose de subtil qui s’est déréglé dans les rouages de sa vie. Que faire maintenant qu’il n’a plus les trains et le travail comme prétexte à ne pas vivre, à ne pas voir la vie, alors que sa vie touche à sa fin? Qu’est ce qu’il voudrait faire encore avant de mourir? Sauter à ski d’une immense rampe, aimer une femme?

C’est un film sensible, à l’humour décalé, au rythme lent, dont je suis sortie avec le sourire et le cœur un peu lourd.