la neige des mots

Pavot et Mémoire 27 novembre 2009

Classé dans : Parenthèses poétiques — Neige @ 6:41
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Anselm Kiefer, “Mohn und Gedächtnis” (Pavot et Mémoire), 1989.

Hamburger Bahnhof, Berlin.


L’automne me mange sa feuille dans la main : nous sommes amis.
Nous délivrons le temps de la coquille des noix et lui apprenons à marcher : le temps retourne dans la coquille.

Dans le miroir c’est dimanche,
dans le rêve on est endormi,
la bouche parle sans mentir.

Mon œil descend vers le sexe de l’aimée :
nous nous regardons,
nous nous disons de l’obscur,
nous nous aimons comme pavot et mémoire,
nous dormons comme un vin dans les coquillages,
comme la mer dans le rai de sang jailli de la lune.

Nous sommes enlacés dans la fenêtre, ils nous regardent depuis la rue :
il est temps que l’on sache !
Il est temps que la pierre se résolve enfin à fleurir,
qu’à l’incessante absence de repos batte un cœur.
Il est temps que le temps advienne.

Il est temps.

 

Paul Celan, Corona, du recueil “Pavot et Mémoire”.



Un article sur la magnifique exposition d’Anselm Kiefer au Grand Palais en 2007

 

Vanité vaniteuse 31 octobre 2009

Classé dans : vanités — Neige @ 4:34
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Polke, Skull

Sigmar Polke/Achim Duchow, Skull, 1974 (collection privée).

Exposition à la Kunsthalle de Hambourg “Polke: Wir kleinbürger! Zeitgenossen und Zeitgenossinen”

13 mars 2009-17 janvier 2010

 

Carte de noël 28 décembre 2008

Classé dans : Digressions — Neige @ 6:43
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Mark Ryden

Mark Ryden, The Creatrix, 2005, huile sur toile.

 

L’expo tripée du mois 8 décembre 2008

Classé dans : Mes yeux mes oreilles — Neige @ 1:24
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Jackson Pollock, Composition aux formes ovales, 1934-1938.

J. Pollock


« Pollock et le chamanisme » à la Pinacothèque de Paris, aborde  l’œuvre de l’artiste sous un aspect méconnu. L’expo étaye une thèse de l’historien de l’art Stephen Polcari selon laquelle les dripping de Pollock ne sont pas justes abstraits, mais au contraire peuplés de références chamaniques. Plusieurs thèmes directement liés au chamanisme sont en effet clairement présents dans les œuvres de jeunesse de Pollock: le sacrifice, la fusion homme-animal (la transformation du chamane en un animal totémique est l’une des conditions de son voyage dans l’invisible), la naissance, la mort, la transe.

Les corps se mêlent, se transforment, les squelettes dansent, l’âme s’enroule comme un serpent, se libère comme un oiseau, dans une explosion de couleurs et de symboles. On évolue dans l’expo au son des rites amérindiens, dans un parcours pensé comme le voyage initiatique du chamane : la simulation de la violence, du chaos et de la mort; la fusion de l’homme et de l’animal pour renaître après le sacrifice, l’accouplement  symbolique de l’homme et de la femme, la renaissance.

On suit dans cette atmosphère singulière le cheminement spirituel de Pollock, inspiré par la psychanalyse jungienne, les expériences des Surréalistes et le chamanisme. La démonstration est bien faite, avec de magnifiques objets rituels amérindiens et des tableaux du Surréaliste André Masson.

Je ressors en me demandant si Pollock, alcoolique notoire, prenait des  substances comme les chamanes pour accéder à d’autres mondes ?

Jusqu’au 15 février 2009.

Prenez-vous pour Pollock!

 

Ces photos vous choquent-t-elles? 4 novembre 2008

Classé dans : Mes yeux mes oreilles — Neige @ 10:02
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Oleg Kulik, The Mad Dog, Performance 1994

Courtesy Oleg Kulik et Galerie Rabouan Moussion-Paris.

Kulik Kulik

Deux événements survenus lors de la FIAC m’ont interpellée. Je précise que contrairement à Magda , je ne suis pas allée à la grand-messe annuelle de l’art contemporain.

Le premier événement est un acte de censure : après une plainte et sur ordre du parquet de Paris, la police est intervenue pendant la FIAC pour retirer des photos de l’artiste russe Oleg Kulik sur le stand de la galerie moscovite XL. Les galeristes ont été emmenés pour être entendus. On leur reproche la «diffusion d’images à caractères violent, pornographique ou contraire à la dignité humaine». Les images ont été restituées mais avec l’interdiction de les exposer. Ces photos proviennent d’une performance de l’artiste dans les rues de Moscou en 1994, dans laquelle il est nu, en laisse et aboie sur les passants tel un chien enragé. Les photos ont fait le tour du monde depuis leur création, on les trouve dans les livres d’art contemporain type « qu’est-ce que l’art contemporain », l’artiste a été exposé dans plusieurs foires et biennales importantes. Ces photos peuvent paraitre dures, mais l’art n’est pas forcément fait pour faire joli dans un salon. La réalité à laquelle s’attaquent les artistes est infiniment plus dure que les images qu’ils en font ! Il y a dans cette performance un réel message, une démarche de l’artiste, qui à la fois dénonce la servilité de ses concitoyens pendant le communisme comme après, met en scène la relation entre l’homme et l’animal, et répond à la violence de la société par la violence de son art.

Un second événement lors de la FIAC m’a interpellée : à la galerie anglaise White cube, les frères Chapman, artistes du mouvement des « Young British Artists» (comme le surévalué Damien Hirst), présentent des aquarelles peintes par Hitler entre 1916 et 1918 sur lesquelles ils ont peints, comme des enfants vengeurs, des arcs en ciel et formes colorées. En mai, ils avaient déjà exposé à Londres une première série d’aquarelles repeintes, intitulée If Hitler Had Been a Hippy How Happy Would We Be (“Si Hitler avait été hippie, comme nous serions heureux”). Ca a dû être assez jouissif sur le coup, de dénaturer les œuvres de celui qui n’avait pas hésité à en brûler. Mais je trouve le concept bidon, artistiquement ça n’a que peu d’intérêt, en revanche ce sont des documents intéressants pour les historiens et je trouve vraiment dommage de les avoir détériorés, d’autant plus que les sources premières manquent souvent sur cette période. En même temps c’est un geste qui s’inscrit dans une appropriation de cette histoire-là, mais on est loin d’un travail de mémoire qui aurait pu être pertinent. Enfin, c’est une atteinte au code de la propriété intellectuelle : lorsqu’on acquiert une œuvre, on en a la propriété matérielle et non intellectuelle, on ne peut pas transformer une œuvre achetée sans l’accord de l’artiste ou de ses ayant droits.

 

Vlaminck, un instinct fauve 16 juillet 2008

Classé dans : Parenthèses poétiques — Neige @ 8:21
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Pont bleu, ciel nacré, champ rouge, fruit mûr sur la nappe blanche

Jaune trompette sonne joyeusement l’instinct fauve

Jaune flûte légère la lumière danse au bord de l’eau

Bleu clarinette, vert de brume, hautbois mélancolique

Les pétales explosent en facettes hors du vase la ligne est intense

Un couteau a posé cet aplat la texture s’offre généreuse

La danseuse du Rat mort s’est trop maquillée sa robe a glissé

Une fumée verte sort de la pipe et envahit le violon de l’artiste

L’automne pare ses arbres de vermillon il fait encore chaud

Densité de l’horizon limite de mes mots

Mes yeux respirent cette symphonie de couleurs