Oleg Kulik, The Mad Dog, Performance 1994
Courtesy Oleg Kulik et Galerie Rabouan Moussion-Paris.

Deux événements survenus lors de la FIAC m’ont interpellée. Je précise que contrairement à Magda , je ne suis pas allée à la grand-messe annuelle de l’art contemporain.
Le premier événement est un acte de censure : après une plainte et sur ordre du parquet de Paris, la police est intervenue pendant la FIAC pour retirer des photos de l’artiste russe Oleg Kulik sur le stand de la galerie moscovite XL. Les galeristes ont été emmenés pour être entendus. On leur reproche la «diffusion d’images à caractères violent, pornographique ou contraire à la dignité humaine». Les images ont été restituées mais avec l’interdiction de les exposer. Ces photos proviennent d’une performance de l’artiste dans les rues de Moscou en 1994, dans laquelle il est nu, en laisse et aboie sur les passants tel un chien enragé. Les photos ont fait le tour du monde depuis leur création, on les trouve dans les livres d’art contemporain type « qu’est-ce que l’art contemporain », l’artiste a été exposé dans plusieurs foires et biennales importantes. Ces photos peuvent paraitre dures, mais l’art n’est pas forcément fait pour faire joli dans un salon. La réalité à laquelle s’attaquent les artistes est infiniment plus dure que les images qu’ils en font ! Il y a dans cette performance un réel message, une démarche de l’artiste, qui à la fois dénonce la servilité de ses concitoyens pendant le communisme comme après, met en scène la relation entre l’homme et l’animal, et répond à la violence de la société par la violence de son art.
Un second événement lors de la FIAC m’a interpellée : à la galerie anglaise White cube, les frères Chapman, artistes du mouvement des « Young British Artists» (comme le surévalué Damien Hirst), présentent des aquarelles peintes par Hitler entre 1916 et 1918 sur lesquelles ils ont peints, comme des enfants vengeurs, des arcs en ciel et formes colorées. En mai, ils avaient déjà exposé à Londres une première série d’aquarelles repeintes, intitulée If Hitler Had Been a Hippy How Happy Would We Be (“Si Hitler avait été hippie, comme nous serions heureux”). Ca a dû être assez jouissif sur le coup, de dénaturer les œuvres de celui qui n’avait pas hésité à en brûler. Mais je trouve le concept bidon, artistiquement ça n’a que peu d’intérêt, en revanche ce sont des documents intéressants pour les historiens et je trouve vraiment dommage de les avoir détériorés, d’autant plus que les sources premières manquent souvent sur cette période. En même temps c’est un geste qui s’inscrit dans une appropriation de cette histoire-là, mais on est loin d’un travail de mémoire qui aurait pu être pertinent. Enfin, c’est une atteinte au code de la propriété intellectuelle : lorsqu’on acquiert une œuvre, on en a la propriété matérielle et non intellectuelle, on ne peut pas transformer une œuvre achetée sans l’accord de l’artiste ou de ses ayant droits.