la neige des mots

Déjà mon anniversaire 14 avril 2009

Classé dans : Digressions — Neige @ 1:25
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René Magritte, Le temps traversé, 1939.

Magritte

Putain de vie qui n’en finit pas de se vivre
Putain d’angoisse dans le bide
Putain de décompte
Envie de fuir

Que restera-t-il de ce que je suis aujourd’hui
Tous les jours un peu plus autre
Toujours la même
Incertitude

Déjà je me modifie encore je me suis lointaine
Déjà je suis fatiguée d’avance
La patine du temps
Déjà

 

Alcools 11 avril 2009

Classé dans : Parenthèses poétiques — Neige @ 11:45
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Picasso, femme aux bras croisés

A Picasso

Le printemps laisse errer les fiancés parjures
Et laisse feuilloler longtemps les plumes bleues
Que secoue le cyprès où niche l’oiseau bleu

Une Madone à l’aube a pris les églantines
Elle viendra demain cueillir les giroflées
Pour mettre aux nids des colombes qu’elle destine
Au pigeon qui ce soir semblait le Paraclet

Au petit bois de citronniers s’énamourèrent
D’amour que nous aimons les dernières venues
Les villages lointains sont comme les paupières
Et parmi les citrons leurs cœurs sont suspendus

______

Mes amis m’ont enfin avoué leur mépris
Je buvais à pleins verres les étoiles
Un ange a exterminé pendant que je dormais
Les agneaux les pasteurs des tristes bergeries
De faux centurions emportaient le vinaigre
Et les gueux mal blessés par l’épurge dansaient
Étoiles de l’éveil je n’en connais aucune
Les becs de gaz pissaient leur flamme au clair de lune
Des croque-morts avec des bocks tintaient des glas
A la clarté des bougies tombaient vaille que vaille
Des faux cols sur les flots de jupes mal brossées
Des accouchées masquées fêtaient leur relevailles
La ville cette nuit semblait un archipel
Des femmes demandaient l’amour et la dulie
Et sombre sombre fleuve je me rappelle
Les ombres qui passaient n’étaient jamais jolies

______

Je n’ai plus même pitié de moi
Et ne puis exprimer mon tourment de silence
Tous les mots que j’avais à dire se sont changés en étoiles
Un Icare tente de s’élever jusqu’à chacun de mes yeux
Et porteur de soleils je brûle au centre de deux nébuleuses
Qu’ai-je fait aux bêtes théologales de l’intelligence
Jadis les morts sont revenus pour m’adorer
Et j’espérais la fin du monde
Mais la mienne arrive en sifflant comme un ouragan

______

J’ai eu le courage de regarder en arrière
Les cadavres de mes jours
Marquent ma route et je les pleure
Les uns pourrissent dans les églises italiennes
Ou bien dans de petits bois de citronniers
Qui fleurissent et fructifient
En même temps et en toute saison
D’autres jours ont pleuré avant de mourir dans des tavernes
Où d’ardents bouquets rouaient
Aux yeux d’une mulâtresse qui inventait la poésie
Et les roses de l’électricité s’ouvrent encore
Dans le jardin de ma mémoire

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Pardonnez-moi mon ignorance
Pardonnez-moi de ne plus connaître l’ancien jeu des vers
Je ne sais plus rien et j’aime uniquement
Les fleurs à mes yeux redeviennent des flammes
Je médite divinement
Et je souris des êtres que je n’ai pas créés
Mais si le temps venait où l’ombre enfin solide
Se multipliait en réalisant la diversité formelle de mon amour
J’admirerais mon ouvrage

______

J’observe le repos du dimanche
Et je loue la paresse
Comment comment réduire
L’infiniment petite science
Que m’imposent mes sens
L’un est pareil aux montagnes au ciel
Aux villes à mon amour
Il ressemble aux saisons
Il vit décapité sa tête est le soleil
Et la lune son cou tranché
Je voudrais éprouver une ardeur infinie
Monstre de mon ouïe tu rugis et tu pleures
Le tonnerre te sert de chevelure
Et tes griffes répètent le chant des oiseaux
Le toucher monstrueux m’a pénétré m’empoisonne
Mes yeux nagent loin de moi
Et les astres intacts sont mes maîtres sans épreuve
La bête des fumées a la tête fleurie
Et le monstre le plus beau
Ayant la saveur du laurier se désole

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A la fin les mensonges ne me font plus peur
C’est la lune qui cuit comme un oeuf sur le plat
Ce collier de gouttes d’eau va parer la noyée
Voici mon bouquet de fleurs de la Passion
Qui offrent tendrement deux couronnes d’épines
Les rues sont mouillées de la pluie de naguère
Des anges diligents travaillent pour moi à la maison
La lunbe et la tristesse disparaîtront pendant
Toute la sainte journée
Toute la sainte journée j’ai marché en chantant
Une dame penchée à sa fenêtre m’a regardé longtemps
M’éloigner en chantant

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Au tournant d’une rue je vis des matelots
Qui dansaient le cou nu au son d’un accordéon
J’ai tout donné au soleil
Tout sauf mon ombre

Les dragues les ballots les sirènes mi-mortes
A l’horizon brumeux s’enfonçaient les trois-mâts
Les vents ont expiré couronnés d’anémones
O Vierge signe pur du troisième mois

______

Templiers flamboyants je brûle parmi vous
Prophétisons ensemble ô grand maître je suis
Le désirable feu qui pour vous se dévoue
Et la girande tourne ô belle ô belle nuit

Liens déliés par une libre flamme Ardeur
Que mon souffle éteindra O Morts à quarantaine
Je mire de ma mort la gloire et le malheur
Comme si je visais l’oiseau de la quintaine

Incertitude oiseau feint peint quand vous tombiez
Le soleil et l’amour dansaient dans le village
Et tes enfants galants bien ou mal habillés
Ont bâti ce bûcher le nid de mon courage

Les Fiançailles, Guillaume Apollinaire, “Alcools”, 1913.

 

Istanbul 7 avril 2009

Classé dans : Mes yeux mes oreilles — Neige @ 9:48
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la citerne basilique

Je suis devant l’ordi et j’aimerais écrire.  Je laisse aller mes pensées. J’ai du mal, je cherche mes mots, je rature. Trois semaines que je suis rentrée et j’y arrive pas. Je voudrais l’évoquer sans jamais la nommer. Écrire la ville, y inscrire quelque chose de ma vie. Un texte un peu mystique, peut-être.  Mystérieux, envoutant, rythmé. Pas descriptif en tout cas, pas un poème à images de cartes postales. Ce serait un texte plein de rêverie, lumineux et émouvant. Une mosaïque de mots. J’évoquerais une ville moderne et indisciplinée. Je dessinerais des minarets ciselés dans le ciel et un bazar coloré débordant de bijoux. Ça sentirait la pomme et les épices. Je vous ferais écouter l’étrange chant du muezzin.  Celui qui vous tire de votre sommeil, un peu angoissant. Ou alors celui de la tombée de la nuit,  qu’on entend du ferry en partant de la rive asiatique. Je vous ferais goûter des loukoums à la rose et du miel avec ses alvéoles. Je n’oublierais pas de vous surprendre avec la pluie et la brume sur le Bosphore. Vous fumeriez un narguilé, vous boiriez un verre de vin démesuré en regardant passer le tram rouge qui remonte Istiklâl. Je vous ferais prendre un taksi en sortant d’un bar branché. Il essaierait de vous arnaquer gentiment, mais vous amènerait à la Tour de Galata. Vous auriez le souffle court et vous seriez juste heureux.

Mon texte ne serait évidemment pas mièvre et je m’abstiendrais d’utiliser le mot féérique.

 

Vanités pop 26 février 2009

Classé dans : vanités — Neige @ 8:37
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Warhol

Andy Warhol, Skull, 1976.

Andy Warhol

Andy Warhol, Self portrait with skull, 1977.

 

Courir après le temps 14 février 2009

Classé dans : Digressions — Neige @ 2:08

Dali, montre molle

Maudire la sonnerie du réveil, sauter du lit, s’habiller avec ce qui tombe sous la main, sauter le ptit déj, se dépêcher, attraper le train, slalomer entre les gens, s’engouffrer dans le métro, mettre du rouge à lèvres entre deux stations, esquiver les agressivités, descendre cette rue qui parait toujours trop longue, presser le pas.

Dire bonjour joyeusement, s’installer au bureau, foncer en réunion, répondre au téléphone, courir après un courrier, monter un dossier, expliquer, reformuler, rester souriante, déjeuner au pas de course, parler boulot à table, re-réunion et compte-rendu, faire face à l’imprévu, s’organiser, prendre un doliprane, rédiger, s’énerver sur excel, répondre aux mails, fumer des dizaines de clopes.

Remonter la rue, reprendre le métro, supporter, changer de métro, boire un coup dans un bar avec les potes, enchaîner sur un spectacle, être touchée, le digérer, retrouver son amoureux, rentrer au chaud, se rendre compte que j’ai pas mangé, avaler n’importe quoi, regarder les infos, être révoltée, réfléchir, terminer un bouquin, écrire un peu, se mettre au lit.

Recommencer.

 

Intimités 1 février 2009

Classé dans : Parenthèses poétiques — Neige @ 5:19
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Anne-Laure Maison

Anne-Laure Maison, tableau d’intimités.

Immeubles parisiens
brume ciel enfumé
fenêtres allumées.

J’observe les intimités.

Un type bedonnant devant son écran.
Une petite fille qui n’arrive pas à dormir.
Des amis autour d’un verre.
Les rideaux tirés sur un amour.

Un train passe.

La lune palpite.

Une clope
un verre
une suite de Bach.

La trace d’un souvenir.

Le violoncelle ne joue plus
reste dans l’air
une note velours de douleur.

 

Memento Mori 25 janvier 2009

Classé dans : vanités — Neige @ 11:09
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Guido Mocafico

Guido Mocafico, Le cabinet de l’astronome, photographie, 2007.

“Amer savoir, celui qu’on tire du voyage !
Le monde, monotone et petit, aujourd’hui
Hier, demain, toujours nous fait voir notre image :
Une oasis d’horreur dans un désert d’ennui !
Faut-il partir ? rester ? Si tu peux rester, reste ;
Pars, s’il le faut. L’un court, et l’autre se tapit
Pour tromper l’ennemi vigilant et funeste,
Le Temps !”

Extrait du poème de Charles Baudelaire « Le voyage » dans Les Fleurs du mal, 1861.

 

Vanité sucrée 18 janvier 2009

Classé dans : vanités — Neige @ 10:29
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Evelyne Koeppel

Evelyne Koeppel, Still Life, 2004.

 

Syndrome de Peter Pan 7 janvier 2009

Classé dans : Petites histoires — Neige @ 1:58
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Clochette de LoiselLa fée Clochette dans la BD “Peter Pan” de Loisel

Le Père Noël il existe pas. Si c’est vrai. C’est ma copine Léa qui me l’a dit. Léa, je l’adore, c’est ma meilleure copine. Elle a des tâches de rousseur et elle est marrante. Et ben, à la récré hier, elle m’a dit que le Père Noël il existe pas, que c’est les parents en fait. Tu parles d’une rentrée ! Je voulais pas la croire mais elle les a vu, et Léa c’est pas une menteuse, même si des fois elle exagère les histoires pour me faire plus rire ou pour me faire peur. Des fois elle me fait tellement rire que j’ai mal au ventre et les joues toutes chaudes. On fait trop les fofolles elle dit ma mère. Mais là elle avait son air sérieux et elle était drôlement déçue. Moi j’ai fait comme si c’était une bonne blague des parents, mais ça m’a fait mal dans la gorge qui était toute rétrécie comme quand j’ai l’angine. Maintenant ça me paraît évident, c’est comme si je l’avais toujours su en fait. Après à la récré on a pas eu envie de s’amuser. D’habitude on invente des histoires, on joue les personnages, on imagine, Léa elle a toujours plein d’idées. Je suis en colère maintenant. Ils m’ont menti, tous. C’est ça être un adulte, et ben c’est tout pourri, voilà. Je voudrais ne jamais grandir. Les adultes sont méchants et ennuyeux. Ils font des trucs pas justes. Ma mère elle parle des fois de son chef et mon père il dit c’est pas joli joli tout ça, en se caressant la moustache. Ils ne savent plus jouer, imaginer et rire bêtement juste comme ça. Ils se font un tas de soucis pour des tas de trucs. Ils se contrôlent tout le temps ma mère par exemple elle trouve que c’est pas joli de rire trop fort avec la bouche ouverte comme je fais. Ils sont vraiment pas marrants. Moi je veux jamais être comme eux. Ils ne mangent plus de bonbons, à la place ils fument. La mère de Léa elle fume des longues cigarettes au bout de ses longs doigts elle met du vernis rouge et elle a des grosses bagues, ma mère elle l’aime pas trop la mère à Léa elle dit qu’elle a mauvais genre. De toute façon ma mère c’est qu’une menteuse et mon père aussi et mon petit frère qui sait pas encore ! Bah oui jte dis le Père Noël il existe pas ma mère elle l’a avoué jlui ai demandé dans la voiture quand on était que toutes les deux en allant à la danse. Ouais jfais de la danse classique même jme fais un chignon avec un petit filet dessus pour le faire bien rond et j’ai un tutu avec un volant mauve. Même que Léa elle est venue me voir au spectacle l’année dernière avec sa mère. Eh, attends, tu crois que les cloches de Pâques, en fait ??? Et la petite souris ?!!

 

Carte de noël 28 décembre 2008

Classé dans : Digressions — Neige @ 6:43
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Mark Ryden

Mark Ryden, The Creatrix, 2005, huile sur toile.