la neige des mots

La clef des songes 26 avril 2009

Classé dans : Parenthèses poétiques — Neige @ 2:32
Tags: , ,

Magritte

René Magritte, La clef des songes, 1930.

Cette nuit

Une autre vie.


Allongée sur des plumes dans la mansarde

La flamme se balance au plafond de bois

Une cigarette se consume entre mes doigts


Je nage dans l’azur les nuages filent

Neige mousseuse coton flocons soyeux

Je flotte la lune si proche si ronde de douceur


Je m’obstine à courir dévaler des escaliers en colimaçon

Traverser un désert poudreux de la poussière plein les yeux

Je m’essouffle un orage colérique me rattrape


Les pommes sont pourries dans le jardin chancelant

La  foudre déchire la toile et balafre le soleil

Plus rien ne sera comme avant


Derrière la porte d’arabesques et de vitraux bleus

Des paillettes de lui au bout de mon pinceau

Mes pensées-papillons dansent et éclatent en bulles


L’aube se rose de diamants l’églantine éclot

Dans les fulgurances je déchiffre le monde

Une étoile me murmure une île sans fin


Cette autre vie

Une nuit.

 

Alcools 11 avril 2009

Classé dans : Parenthèses poétiques — Neige @ 11:45
Tags: ,

Picasso, femme aux bras croisés

A Picasso

Le printemps laisse errer les fiancés parjures
Et laisse feuilloler longtemps les plumes bleues
Que secoue le cyprès où niche l’oiseau bleu

Une Madone à l’aube a pris les églantines
Elle viendra demain cueillir les giroflées
Pour mettre aux nids des colombes qu’elle destine
Au pigeon qui ce soir semblait le Paraclet

Au petit bois de citronniers s’énamourèrent
D’amour que nous aimons les dernières venues
Les villages lointains sont comme les paupières
Et parmi les citrons leurs cœurs sont suspendus

______

Mes amis m’ont enfin avoué leur mépris
Je buvais à pleins verres les étoiles
Un ange a exterminé pendant que je dormais
Les agneaux les pasteurs des tristes bergeries
De faux centurions emportaient le vinaigre
Et les gueux mal blessés par l’épurge dansaient
Étoiles de l’éveil je n’en connais aucune
Les becs de gaz pissaient leur flamme au clair de lune
Des croque-morts avec des bocks tintaient des glas
A la clarté des bougies tombaient vaille que vaille
Des faux cols sur les flots de jupes mal brossées
Des accouchées masquées fêtaient leur relevailles
La ville cette nuit semblait un archipel
Des femmes demandaient l’amour et la dulie
Et sombre sombre fleuve je me rappelle
Les ombres qui passaient n’étaient jamais jolies

______

Je n’ai plus même pitié de moi
Et ne puis exprimer mon tourment de silence
Tous les mots que j’avais à dire se sont changés en étoiles
Un Icare tente de s’élever jusqu’à chacun de mes yeux
Et porteur de soleils je brûle au centre de deux nébuleuses
Qu’ai-je fait aux bêtes théologales de l’intelligence
Jadis les morts sont revenus pour m’adorer
Et j’espérais la fin du monde
Mais la mienne arrive en sifflant comme un ouragan

______

J’ai eu le courage de regarder en arrière
Les cadavres de mes jours
Marquent ma route et je les pleure
Les uns pourrissent dans les églises italiennes
Ou bien dans de petits bois de citronniers
Qui fleurissent et fructifient
En même temps et en toute saison
D’autres jours ont pleuré avant de mourir dans des tavernes
Où d’ardents bouquets rouaient
Aux yeux d’une mulâtresse qui inventait la poésie
Et les roses de l’électricité s’ouvrent encore
Dans le jardin de ma mémoire

______

Pardonnez-moi mon ignorance
Pardonnez-moi de ne plus connaître l’ancien jeu des vers
Je ne sais plus rien et j’aime uniquement
Les fleurs à mes yeux redeviennent des flammes
Je médite divinement
Et je souris des êtres que je n’ai pas créés
Mais si le temps venait où l’ombre enfin solide
Se multipliait en réalisant la diversité formelle de mon amour
J’admirerais mon ouvrage

______

J’observe le repos du dimanche
Et je loue la paresse
Comment comment réduire
L’infiniment petite science
Que m’imposent mes sens
L’un est pareil aux montagnes au ciel
Aux villes à mon amour
Il ressemble aux saisons
Il vit décapité sa tête est le soleil
Et la lune son cou tranché
Je voudrais éprouver une ardeur infinie
Monstre de mon ouïe tu rugis et tu pleures
Le tonnerre te sert de chevelure
Et tes griffes répètent le chant des oiseaux
Le toucher monstrueux m’a pénétré m’empoisonne
Mes yeux nagent loin de moi
Et les astres intacts sont mes maîtres sans épreuve
La bête des fumées a la tête fleurie
Et le monstre le plus beau
Ayant la saveur du laurier se désole

______

A la fin les mensonges ne me font plus peur
C’est la lune qui cuit comme un oeuf sur le plat
Ce collier de gouttes d’eau va parer la noyée
Voici mon bouquet de fleurs de la Passion
Qui offrent tendrement deux couronnes d’épines
Les rues sont mouillées de la pluie de naguère
Des anges diligents travaillent pour moi à la maison
La lunbe et la tristesse disparaîtront pendant
Toute la sainte journée
Toute la sainte journée j’ai marché en chantant
Une dame penchée à sa fenêtre m’a regardé longtemps
M’éloigner en chantant

______

Au tournant d’une rue je vis des matelots
Qui dansaient le cou nu au son d’un accordéon
J’ai tout donné au soleil
Tout sauf mon ombre

Les dragues les ballots les sirènes mi-mortes
A l’horizon brumeux s’enfonçaient les trois-mâts
Les vents ont expiré couronnés d’anémones
O Vierge signe pur du troisième mois

______

Templiers flamboyants je brûle parmi vous
Prophétisons ensemble ô grand maître je suis
Le désirable feu qui pour vous se dévoue
Et la girande tourne ô belle ô belle nuit

Liens déliés par une libre flamme Ardeur
Que mon souffle éteindra O Morts à quarantaine
Je mire de ma mort la gloire et le malheur
Comme si je visais l’oiseau de la quintaine

Incertitude oiseau feint peint quand vous tombiez
Le soleil et l’amour dansaient dans le village
Et tes enfants galants bien ou mal habillés
Ont bâti ce bûcher le nid de mon courage

Les Fiançailles, Guillaume Apollinaire, “Alcools”, 1913.

 

Intimités 1 février 2009

Classé dans : Parenthèses poétiques — Neige @ 5:19
Tags: ,

Anne-Laure Maison

Anne-Laure Maison, tableau d’intimités.

Immeubles parisiens
brume ciel enfumé
fenêtres allumées.

J’observe les intimités.

Un type bedonnant devant son écran.
Une petite fille qui n’arrive pas à dormir.
Des amis autour d’un verre.
Les rideaux tirés sur un amour.

Un train passe.

La lune palpite.

Une clope
un verre
une suite de Bach.

La trace d’un souvenir.

Le violoncelle ne joue plus
reste dans l’air
une note velours de douleur.

 

Se soustraire 20 décembre 2008

Classé dans : Parenthèses poétiques — Neige @ 5:14
Tags: , ,

Vestige des bulles 6

Emmanuelle Vial, Vestige des bulles 6.

Métro bondé fin de journée il fait chaud
ça pue le parfum bon marché la sueur l’impatience.

Elle aimerait suspendre le temps
se mettre dans une bulle.

Elle rêve de s’échapper
disparaître
se soustraire.

Elle méprise ce troupeau
les fourmis les sédentaires
leurs pensées de naphtaline.

Yeux fermés
lèvres serrées
elle veut le silence et la paix.

Elle veut le vide elle veut le rien.

Elle s’extrait de ce monde
se retire en elle-même.

Elle rêve d’un Ailleurs
un non-lieu
qui n’existerait que pour elle et à travers elle.

 

Fantasmagorie 3 décembre 2008

Classé dans : Parenthèses poétiques — Neige @ 5:14
Tags: , ,

Dorothea Tanning

Dorothea Tanning, Eine kleine Nachtmusik (Une petite musique de nuit), 1943.

Elle se réveille d’un drôle de cauchemar
elle enfile ses souliers
- vite vite – elle voudrait être loin.

Elle se faufile sans bruit
elle allume sa lanterne
l’asphalte vibre et rayonne
elle écarquille les yeux
elle voit l’imperceptible
- elle rit – ses pensées éclatent.

Quelque chose se passe dans la ville
l’air devient léger – la lune magnétique
le tram jaune prend le chemin du ciel
un homme regarde son vélo flotter
il se laisse aller – le temps ralentit -
il sourit – sa poitrine se libère.

La petite fille n’a plus peur
elle est évanescente
fantasmagorie naissante.

 

Haïku du soir 7 octobre 2008

Classé dans : Parenthèses poétiques — Neige @ 7:07
Tags: , ,

Une page blanche

Les draps sans toi

Je les froisse pour oublier le spleen et les pieds froids.

 

Persistance rétinienne 30 août 2008

Classé dans : Parenthèses poétiques — Neige @ 12:44
Tags: , ,


Me voici donc de retour de vacances ! Un séjour merveilleux en Namibie, avec une incursion au Botswana et à Johannesburg. Comme une impression rétinienne après avoir regardé le soleil, il me reste des images, des couleurs, des sensations, des émotions… Aussi un voyage en groupe qui apprend beaucoup sur les autres et sur soi-même, ses capacités et ses limites… Merci aux Antipodistes, avec lesquels j’ai été heureuse de vivre ces moments intenses.

Je suis là

le souffle court en bas du canyon devant la pierre striée par les époques

au-dessus de nous les aigles et le ciel d’un bleu inconnu

sur la roche l’aloé véra se détache blanc j’inspire profondément


Je suis là

sur cette route sans fin toute droite vers l’ailleurs

sur cette piste rouge du sable dans les yeux

traversant le pays au son des langues à clics


Je suis là

riant les yeux réchauffés par le vin et le feu du braae

le ciel étoilé m’entourant lui qui me montre la Croix du Sud

sous la tente frissonnante au royaume des animaux


Je suis là

en haut de cette dune rouge face au soleil couchant qui enveloppe de mauve et de vert

plissant les yeux pour regarder les silhouettes courbées des marcheurs sur la ligne de la dune

fascinée par l’ombre des arbres desséchés sur le pan blanc ce bois noueux ce vermillon


Je suis là

scrutant l’immensité

la peur du fond des âges au creux du ventre

je ne vois pas d’animaux je les entends


Je suis là

glissant sur le paisible Okavango nos yeux pétillent

dans les papyrus scintille le crocodile un joyeux effroi nous saisit

nous sommes heureux tellement ensemble dans ce moment


Je suis là

partageant la bière avec cet homme qui me parle en zoulou

devant les pierres seules armes des adolescents morts ici

dans Soweto la gorge serrée nous allons graves


Je suis là

si vivante si petite si remuée

je ressens je me remplis les yeux l’âme

Et comme une urgence : se pénétrer de cet instant.


 

écrire 29 juillet 2008

Classé dans : Parenthèses poétiques — Neige @ 9:19
Tags: ,

Edward Hopper, Eleven A.M., 1926.

En écho au billet de Magda sur les affres de la création et l’acte d’écriture, voici quelques passages du livre de Marguerite Duras : “Ecrire”

« Je peux dire ce que je veux, je ne trouverai jamais pourquoi on écrit et comment on n’écrit pas.»

“Se trouver dans un trou, au fond d’un trou, dans une solitude quasi-totale et découvrir que seule l’écriture vous sauvera. Etre sans sujet aucun de livre, sans aucune idée de livre c’est se trouver, se retrouver, devant un livre. Une immensité vide. Un livre éventuel. Devant rien. Devant comme une écriture vivante et nue, comme terrible, terrible à surmonter. Je crois que la personne qui écrit est sans idée de livre, qu’elle a les mains vides, la tête vide, et qu’elle ne connaît de cette aventure du livre que l’écriture sèche et nue, sans avenir, sans écho, lointaine, avec ses règles d’or, élémentaires : l’orthographe, le sens. “

“Ça rend sauvage l’écriture. On rejoint une sauvagerie d’avant la vie. Et on la reconnaît toujours, c’est celle des forêts, celle ancienne comme le temps. Celle de la peur de tout, distincte et inséparable de la vie même. On est acharné. On ne peut écrire sans la force du corps. Il faut être plus fort que ce que l’on écrit. “

“Écrire c’est aussi ne pas parler. C’est se taire. C’est hurler sans bruit.”

“L’écriture c’est l’inconnu (…) l’inconnu de soi, de sa tête, de son corps. Ce n’est même pas une réflexion, écrire, c’est une sorte de faculté qu’on a à côté de sa personne, parallèlement à elle-même, d’une autre personne qui apparaît et qui avance, invisible, douée de pensée, de colère, et qui quelquefois, de son propre fait, est en danger d’en perdre la vie (…) Ecrire c’est tenter de savoir ce qu’on écrirait si on écrivait – on ne le sait qu’après – avant, c’est la question la plus dangereuse que l’on puisse se poser. “

Lire Magda : http://cequetulis.wordpress.com/2008/07/28/linsoutenable-pesanteur-de-lartiste/

 

Vlaminck, un instinct fauve 16 juillet 2008

Classé dans : Parenthèses poétiques — Neige @ 8:21
Tags: , ,

Pont bleu, ciel nacré, champ rouge, fruit mûr sur la nappe blanche

Jaune trompette sonne joyeusement l’instinct fauve

Jaune flûte légère la lumière danse au bord de l’eau

Bleu clarinette, vert de brume, hautbois mélancolique

Les pétales explosent en facettes hors du vase la ligne est intense

Un couteau a posé cet aplat la texture s’offre généreuse

La danseuse du Rat mort s’est trop maquillée sa robe a glissé

Une fumée verte sort de la pipe et envahit le violon de l’artiste

L’automne pare ses arbres de vermillon il fait encore chaud

Densité de l’horizon limite de mes mots

Mes yeux respirent cette symphonie de couleurs

 

Haïku du dimanche soir 22 juin 2008

Classé dans : Parenthèses poétiques — Neige @ 8:16
Tags: ,

Le vent s’étonne

C’est la fin du printemps

J’ai pas envie de bosser demain.