la neige des mots

En novembre, déjà 20 ans! 12 octobre 2009

Classé dans : Mes yeux mes oreilles — Neige @ 10:18
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Allez, hop, une petite pub pour un spectacle produit par mon association, fruit d’une intense collaboration avec l’auteur-metteur en scène Manon Heugel et son formidable collectif Block and Fall! Une création accompagnée depuis l’écriture et montée entre Paris et Berlin à l’occasion du 20ème anniversaire de la chute du mur de Berlin.

L’association TAKT et le collectif BLOCK N’FALL présentent :

NOVEMBRE, DÉJÀ

Novembre, déjà

Drame théâtre/vidéo du collectif BLOCK N’FALL
Écrit et mis en scène par Manon Heugel
Avec Jennifer Decker et la voix de Michael Lonsdale

Le mercredi 21 octobre 2009 à 20h30


Berlin-Est, 1989, prison de Hohenschönhausen. Sylvia (Jennifer Decker) répond aux interrogatoires répétés d’un officier de la Stasi (la voix de Michael Lonsdale). Qui est cette jeune femme ? Une espionne et une journaliste manipulatrice ? Une citoyenne de la RFA emprisonnée par erreur ? Sylvia jure qu’Heike – sa sœur, son double, qu’on voit évoluer sur les murs de la geôle grâce à un écran vidéo – lui a volé son identité pour s’enfuir à l’Ouest. Pour échapper à la perte d’identité et à la folie vers laquelle la Stasi la pousse, Sylvia a deux issues : apprendre à réconcilier la femme de l’Ouest avec la femme de l’Est… ou laisser le Mur tomber et préparer sa vengeance.

Comprendre 1989 : Novembre, déjà est le fantasme d’une génération qui n’a pas vécu la chute du Mur, celle des 20-30 ans. Dans cette pièce pour une actrice et une machine parlante sur fond de projections vidéo, le collectif franco-allemand Block and Fall s’intéresse aux questions d’identité et refuse de juger l’Histoire.

Avec le soutien de l’Office Franco-Allemand pour la Jeunesse (OFAJ) et du Programme Jeunesse Européenne en Action (PEJA)

En partenariat avec l’association TAKT


Maison Heinrich Heine/Fondation de l’Allemagne
Cité internationale universitaire de Paris, 27c, bd Jourdan 75014 Paris
RER B Cité universitaire
Plan d’accès

8 euros tarif plein/5 euros tarif réduit
Informations et réservations: takt@takt.asso.fr

Autres dates programmées:

- Le jeudi 5 novembre à 20h à l’Institut Robert Schuman de Bonn
- Le mardi 10 novembre à 17h30 à la Konrad Adenauer Stiftung de Dakar
- Le jeudi 12 novembre à 20h à l’Institut français de Berlin (festival “Mur, Mauer, Echo”)
- Le mardi 17 novembre à 19h00 à la Konrad Adenauer Stiftung de Berlin

 

Le bain des princesses 19 juin 2009

Classé dans : Mes yeux mes oreilles — Neige @ 6:39
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Prinzessinenbad

Les trois princesses du documentaire de Bettina Blümer “Prinzessinenbad”

Les princesses fument comme des pompiers et picolent.

Les princesses sont belles et impertinentes.

Les princesses comptent leurs ex.

Les princesses adorent leur quartier Kreuzberg et les turcs.

Les princesses se tiennent par la main.

Les princesses rigolent comme des gamines et se maquillent comme des grandes.

Les princesses ont des  pères absents et des mères soixante-huitardes.

Les princesses ont le regard plein d’incertitudes et de désillusions.

Les princesses vont à la piscine.

Ces princesses, ce sont Klara, Mina et Tanutscha, 15 ans,  magnifiquement filmées par Bettina Blümer dans leur quotidien : conversations avec les mères, entre copines, sur l’avenir, les copains, l’amitié, le sexe (elles ne parlent pas d’amour, même Mina qui vit une relation amoureuse sérieuse).

Il y a Klara, la jolie blonde un peu énigmatique qui n’aime que les turcs et à qui les garçons font faire des bêtises, Tanutscha la grande gueule, qui se défoule sur les mecs dans des chats téléphoniques, et la douce et inquiète Mina, avec sa tristesse silencieuse d’amoureuse.

Les trois princesses déambulent dans leur quartier (leur “Kiez”), au rythme des métros aériens, et se retrouvent à la piscine en plein air de Kreuzberg (“Prinzenbad”, le bain des princes, d’où le nom du docu “Prinzessinenbad”).  Les dialogues sont savoureux et les trois filles magnifiques, on se demande parfois si on n’est pas dans un film, impression accentuée par le montage et la musique. “J’aime les documentaires quand on a l’impression qu’ils sont une fiction et les fictions qui font penser à des documentaires”, déclare la réalisatrice.

Bettina Blümer a très bien su filmer ces trois ados dans cette période trouble où se mêle l’enfance et l’adulte, pleine de “Sehnsucht” (mot difficile à traduire, qui signifie à la fois “aspiration à” et “nostalgie”, un mélange romantique d’ardeur et de langueur, de désir et d’ennui, d’espérance et de mélancolie), ce quelque chose d’indicible et de fugitif qu’avait su si bien saisir Sofia Coppola dans “Virgin Suicides”.

(Cet article est un “crossover” avec le blog de mon association TAKT )

Rediffusions sur ARTE:
27.06.2009 à 15:50
01.07.2009 à 01:10

Teaser en allemand

un tour au Prinzenbad!

 

Poésie et cut up 11 mai 2009

Classé dans : Mes yeux mes oreilles — Neige @ 6:49
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Ponyo

En sortant du cinéma, joyeuse et enfantine, je repense à Ponyo en sautillant…

J’ai complètement craqué  sur “La petite sirène” version Myazaki, une petite fille-poisson rouge débordante de gaieté qui veut devenir humaine pour vivre avec son amoureux Sosuke, le petit garçon courageux qui vit dans la maison sur la falaise.

“Ponyo sur la falaise” est une merveille de poésie et de fantaisie. Le monde aquatique envahit tout le film, la mer vit, les fonds marins irradient autour de la bulle du sorcier, les vagues déferlent sur la petite ville et l’engloutissent, Ponyo court sur des vagues-poissons, des poissons antiques nagent au-dessus des routes…

Les dessins sont tous réalisés à la main, on est loin des films d’animation habituels à gags, comique de répétition et morale, impeccablement dessinés sur ordinateur. “Ponyo sur la falaise” est un conte déroutant, enchanteur, tendre et joyeux!

Un katsudon plus tard, pas envie de dormir, rien de tel que le zapping de nuit sur ARTE…

Et je tombe sur “Cut up”, une série de mini-documentaires (quelques minutes) sélectionnés sur un thème, cette fois le pouvoir, et introduits par le nonchalant et décalé Jackie Berroyer.

Des étudiants ont 2 minutes pour convaincre leur coach, qui veut “du clinquant, du panache” ; Fons défie Ying, le chef des chimpanzés, pour prendre le pouvoir ; on assiste à une battle hip hop ; la maitresse de Clinton fait des révélations ; on apprend que tuer peut rendre joyeux ; Steve Ballmer est hystérique ; le videur de la boite de nuit en voit des vertes et des pas (ou trop?) mûr(e)s ; un avion bombarde une cacahouète ; les élections de délégués de la classe deviennent un enjeu démesuré et l’assistante prend le pouvoir sur l’agenda du directeur…

J’attends la prochaine émission (variations sur le thème du travail)  avec impatience!

Voir la dernière émission (dispo 1 semaine):  Le pouvoir

Cut up, sur ARTE chaque samedi du 2 mai au 13 juin 2009, à 18h05 (et rediffusé le dimanche à 1h15).

 

Istanbul 7 avril 2009

Classé dans : Mes yeux mes oreilles — Neige @ 9:48
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la citerne basilique

Je suis devant l’ordi et j’aimerais écrire.  Je laisse aller mes pensées. J’ai du mal, je cherche mes mots, je rature. Trois semaines que je suis rentrée et j’y arrive pas. Je voudrais l’évoquer sans jamais la nommer. Écrire la ville, y inscrire quelque chose de ma vie. Un texte un peu mystique, peut-être.  Mystérieux, envoutant, rythmé. Pas descriptif en tout cas, pas un poème à images de cartes postales. Ce serait un texte plein de rêverie, lumineux et émouvant. Une mosaïque de mots. J’évoquerais une ville moderne et indisciplinée. Je dessinerais des minarets ciselés dans le ciel et un bazar coloré débordant de bijoux. Ça sentirait la pomme et les épices. Je vous ferais écouter l’étrange chant du muezzin.  Celui qui vous tire de votre sommeil, un peu angoissant. Ou alors celui de la tombée de la nuit,  qu’on entend du ferry en partant de la rive asiatique. Je vous ferais goûter des loukoums à la rose et du miel avec ses alvéoles. Je n’oublierais pas de vous surprendre avec la pluie et la brume sur le Bosphore. Vous fumeriez un narguilé, vous boiriez un verre de vin démesuré en regardant passer le tram rouge qui remonte Istiklâl. Je vous ferais prendre un taksi en sortant d’un bar branché. Il essaierait de vous arnaquer gentiment, mais vous amènerait à la Tour de Galata. Vous auriez le souffle court et vous seriez juste heureux.

Mon texte ne serait évidemment pas mièvre et je m’abstiendrais d’utiliser le mot féérique.

 

Le festin chinois 17 décembre 2008

Classé dans : Mes yeux mes oreilles — Neige @ 5:49
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Le festin chinois

Sun a vraiment besoin d’argent pour aller rejoindre sa copine au Canada, mais il refuse de continuer à se joindre à la pègre locale. Il triche à un concours de cuisine et se fait embaucher dans un restaurant réputé, où il provoque catastrophe sur catastrophe. Il se rapproche de la fille du chef, l’excentrique voire hystérique Au Ka-Wai. Lorsque le restaurant se retrouve menacé par un maître cuisinier qui lui lance le défi de remporter le festin impérial, Sun va tout faire pour que son restaurant triomphe.

Le film pourrait être un banal film comique à l’humour bien chinois, si il ne tournait pas autour de la gastronomie et si le burlesque n’était pas poussé à son comble (par exemple le ballet avec le poisson géant dans le restaurant et la succession de gaffes pendant la rencontre des mafieux). L’intrigue principale du film est le duel culinaire que se livrent les candidats à la préparation du festin impérial, le mythique festin aux 103 plats. Les préparations culinaires sont chorégraphiées et filmées comme du kung-fu, l’oignon se coupe au sabre, les nouilles volent au-dessus des woks, les recettes sont dingues (patte d’ours dans sa glace, trompe d’éléphant au miel) et présentées avec raffinement.

Les cuisiniers sont interprétés par des artistes martiaux, et le film intègre l’art martial dans la plus pure tradition du « film de sabre chinois » (ou wu xia pian) : le défi entre deux écoles différentes, le combat entre le bien et le mal, entre le désir et le devoir, la rédemption et le retour du héros déchu, son entraînement pour recouvrer sa force et le combat final. Le tout enrobé d’une dose d’humour énorme.

A noter qu’il existe vraiment en Chine un concours de cuisine qui oppose tous les cinq ans pendant plusieurs jours  les meilleures toques chinoises, avec les recettes et les présentations les plus  sophistiquées qui soient.

 

L’expo tripée du mois 8 décembre 2008

Classé dans : Mes yeux mes oreilles — Neige @ 1:24
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Jackson Pollock, Composition aux formes ovales, 1934-1938.

J. Pollock


« Pollock et le chamanisme » à la Pinacothèque de Paris, aborde  l’œuvre de l’artiste sous un aspect méconnu. L’expo étaye une thèse de l’historien de l’art Stephen Polcari selon laquelle les dripping de Pollock ne sont pas justes abstraits, mais au contraire peuplés de références chamaniques. Plusieurs thèmes directement liés au chamanisme sont en effet clairement présents dans les œuvres de jeunesse de Pollock: le sacrifice, la fusion homme-animal (la transformation du chamane en un animal totémique est l’une des conditions de son voyage dans l’invisible), la naissance, la mort, la transe.

Les corps se mêlent, se transforment, les squelettes dansent, l’âme s’enroule comme un serpent, se libère comme un oiseau, dans une explosion de couleurs et de symboles. On évolue dans l’expo au son des rites amérindiens, dans un parcours pensé comme le voyage initiatique du chamane : la simulation de la violence, du chaos et de la mort; la fusion de l’homme et de l’animal pour renaître après le sacrifice, l’accouplement  symbolique de l’homme et de la femme, la renaissance.

On suit dans cette atmosphère singulière le cheminement spirituel de Pollock, inspiré par la psychanalyse jungienne, les expériences des Surréalistes et le chamanisme. La démonstration est bien faite, avec de magnifiques objets rituels amérindiens et des tableaux du Surréaliste André Masson.

Je ressors en me demandant si Pollock, alcoolique notoire, prenait des  substances comme les chamanes pour accéder à d’autres mondes ?

Jusqu’au 15 février 2009.

Prenez-vous pour Pollock!

 

Freak me out 14 novembre 2008

Classé dans : Mes yeux mes oreilles — Neige @ 4:25
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freaks

“Freaks, la monstrueuse parade” de Tod Browning, 1932.

“Nous ne vous avons pas menti, nous vous avions annoncé des monstres, et vous avez vu des monstres. Ils vous ont fait rire et trembler… Pourtant, si le hasard l’avait voulu, vous pourriez être l’un d’eux. Ils n’ont pas demandé à naître, mais ils sont nés, ils vivent. Ils ont leurs codes, leurs lois. Offenser l’un d’entre eux, c’est les offenser tous…”

Bienvenue au cirque Tetrallini, où le bonimenteur vous promet que allez voir la plus monstrueuse créature du monde, qui fut pourtant autrefois une superbe femme adulée.

Le lilliputien Hans a délaissé sa fiancée, l’adorable écuyère naine Frieda, depuis que la belle trapéziste Cléopâtre lui a accordé ses faveurs. Mais une personne “normale” peut-elle aimer un freak ? Entre les roulottes, les amis de Hans, l’homme-tronc, Joseph/Joséphine à la fois homme et femme, les sœurs siamoises et leur fiancé bègue, l’homme-ver ou encore la femme à barbe, n’y croient pas. Cléopâtre, bien décidée à mettre la main sur la fortune de Hans avec l’aide de son amant Hercule, le M. Muscle du cirque, épouse le nain énamouré, rejette avec dégout la proposition des freaks de faire partie des leurs et tente d’empoisonner Hans. Les freaks vont alors se venger de Cléopâtre et en faire à son tour un monstre…

Un vrai film bizarre, qui interpelle et interroge le rapport à la normalité et au corps. Le film est en grande partie réaliste et montre le quotidien du cirque. Les freaks du film, notamment produits par le cirque Barnum, sont tous réels, ils étaient même de véritables stars à l’époque. L’histoire des freaks a travers les temps est d’ailleurs passionnante (un aperçu ici, une bibliographie et si vous voulez voir des photos de certaines de ces célébrités, ici et ). Sorti par la Metro Goldwin Mayer à une époque où les Frankenstein et autres Dracula (que Tod Browning a d’ailleurs également réalisé) cartonnaient, le traitement cinématographique du “monstre humain” en prend le contrepied et reste vraiment unique,  les freaks n’y sont pas esthétisés. Certaines scènes sont très sombres, angoissantes comme lorsque l’homme-ver rampe sous les roulottes, quand les personnages s’épient (Joseph/Joséphine voyeur/voyeuse des ébats de Cléopâtre et d’Hercule) et bien sûr la scène dans laquelle ils se vengent cruellement, mais il y a aussi de la tendresse, comme dans la romance entre le clown et la dresseuse d’animaux ou dans le personnage de Madame Tetrallini, et de l’humour, dans les chamailleries croisées du fiancé bègue avec les sœurs siamoises ou encore lorsque l’homme-ver se roule une clope. Les deux scènes magistrales du film sont la scène du mariage (regarder ) et la scène de vengeance.

Ici : un article intéressant sur Phineas Taylor Barnum ” l’exhibitionniste génial, le montreur de sirènes et de frères siamois, le showman numéro un des Etats-Unis, l’Homo americanus par excellence, plus médiabolique que Michael Jackson, plus pop que Warhol, plus trash que Jackass, plus inhumain que le Joker de Batman, plus bizarre que Tim Burton, plus fin connaisseur de la Société du Spectacle que Guy Debord, plus subtil magicien de la simulation et du simulacre que Jean Baudrillard. Barnum incarne la pensée de Walter Benjamin, selon lequel la modernité est cette expérience où “le choc est devenu la norme”. Il a mis l’excentricité au centre du monde. Pour s’insinuer dans les consciences, il est prêt à tout: à la fantaisie la plus burlesque comme à la plus atroce abjection.”

freaks la monstrueuse parade

 

Ces photos vous choquent-t-elles? 4 novembre 2008

Classé dans : Mes yeux mes oreilles — Neige @ 10:02
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Oleg Kulik, The Mad Dog, Performance 1994

Courtesy Oleg Kulik et Galerie Rabouan Moussion-Paris.

Kulik Kulik

Deux événements survenus lors de la FIAC m’ont interpellée. Je précise que contrairement à Magda , je ne suis pas allée à la grand-messe annuelle de l’art contemporain.

Le premier événement est un acte de censure : après une plainte et sur ordre du parquet de Paris, la police est intervenue pendant la FIAC pour retirer des photos de l’artiste russe Oleg Kulik sur le stand de la galerie moscovite XL. Les galeristes ont été emmenés pour être entendus. On leur reproche la «diffusion d’images à caractères violent, pornographique ou contraire à la dignité humaine». Les images ont été restituées mais avec l’interdiction de les exposer. Ces photos proviennent d’une performance de l’artiste dans les rues de Moscou en 1994, dans laquelle il est nu, en laisse et aboie sur les passants tel un chien enragé. Les photos ont fait le tour du monde depuis leur création, on les trouve dans les livres d’art contemporain type « qu’est-ce que l’art contemporain », l’artiste a été exposé dans plusieurs foires et biennales importantes. Ces photos peuvent paraitre dures, mais l’art n’est pas forcément fait pour faire joli dans un salon. La réalité à laquelle s’attaquent les artistes est infiniment plus dure que les images qu’ils en font ! Il y a dans cette performance un réel message, une démarche de l’artiste, qui à la fois dénonce la servilité de ses concitoyens pendant le communisme comme après, met en scène la relation entre l’homme et l’animal, et répond à la violence de la société par la violence de son art.

Un second événement lors de la FIAC m’a interpellée : à la galerie anglaise White cube, les frères Chapman, artistes du mouvement des « Young British Artists» (comme le surévalué Damien Hirst), présentent des aquarelles peintes par Hitler entre 1916 et 1918 sur lesquelles ils ont peints, comme des enfants vengeurs, des arcs en ciel et formes colorées. En mai, ils avaient déjà exposé à Londres une première série d’aquarelles repeintes, intitulée If Hitler Had Been a Hippy How Happy Would We Be (“Si Hitler avait été hippie, comme nous serions heureux”). Ca a dû être assez jouissif sur le coup, de dénaturer les œuvres de celui qui n’avait pas hésité à en brûler. Mais je trouve le concept bidon, artistiquement ça n’a que peu d’intérêt, en revanche ce sont des documents intéressants pour les historiens et je trouve vraiment dommage de les avoir détériorés, d’autant plus que les sources premières manquent souvent sur cette période. En même temps c’est un geste qui s’inscrit dans une appropriation de cette histoire-là, mais on est loin d’un travail de mémoire qui aurait pu être pertinent. Enfin, c’est une atteinte au code de la propriété intellectuelle : lorsqu’on acquiert une œuvre, on en a la propriété matérielle et non intellectuelle, on ne peut pas transformer une œuvre achetée sans l’accord de l’artiste ou de ses ayant droits.

 

Entre les murs- Avant le film 21 septembre 2008

Classé dans : Mes yeux mes oreilles — Neige @ 1:58
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C’est aussi ça l’effet Cannes. Les ventes de livres qui s’envolent après leur adaptation cinématographique. Les livres réédités immédiatement avec la photo du film en couverture, même avant que celui-ci ne soit sorti. Et moi qui lit « Entre les murs » de François Bégaudeau, dont l’adaptation par Laurent Cantet, avec l’auteur-prof de français dans son propre rôle, a obtenu la dernière palme d’or à Cannes (sortie le 23 septembre).

Je m’attendais à un bouquin-docu, un peu pamphlet. Pas du tout, c’est un roman. Frais, touchant, souvent drôle. Scènes de la vie quotidienne d’un prof de français d’un collège de ZEP pendant une année scolaire, avec la classe dont il est le prof principal. Un prof qui sait s’excuser, qui « charrie » les élèves, qui ne se mêle pas à ses collègues.

On ne sait rien de sa vie hors les murs, mais on pénètre avec lui dans ce petit monde qu’est le collège. Les conversations dans la salle des profs, les complaintes, les conseils de classe. Les moments de grâce, la solidarité, les moments d’incompréhension, l’impuissance. Les fiches incidents, les exclusions qui se succèdent, les rencontres avec les parents qui ne parlent pas français.

Les mots qu’il faut expliquer tout le temps, les phrases qu’il faut reformuler, les explications alambiquées, les grands moments de solitude d’un prof qui ne veut pas se faire prendre en défaut. Les élèves qui discutaillent tout, attachants et énervants à la fois. La détresse de Mariama (« M’sieur… J’suis perdue »), l’insolence de Khoumba, Tarek qui veut faire des dictées, Dico et Mezut les énervés, Sandra qui lit “La République”…

Extrait:

« A côté de mon père en uniforme, ce détail, somme toute assez commun, conférait pourtant à la photo sa singularité.

Je leur ai laissé dix minutes pour relever les compléments dans la phrase. Au bout de dix secondes, Fayad a levé le doigt.

- Ca veut dire quoi conférait ?

- Conférait c’est comme donnait. Ca veut dire donnait à la photo sa singularité.

Tous les autres ont barré ce qu’ils avaient commencé à faire. Salimata a levé le doigt, trois bracelets par bras, quatre colliers par cou.

-Ca veut dire quoi singularité ?

- Ca veut dire originalité. Tu comprends, originalité ?

- Oui ça veut dire que c’est beau.

- Non, ça veut dire que c’est particulier. Là, ça veut dire que le détail donnait un côté particulier à la photo.

Quand Alyssa cherche, son crayon en pâtit le monde s’embellit.

- Ca veut dire quoi déjà quand on va chez un particulier ?

- Oh là là, c’est autre chose ça. Ca va nous embrouiller.

Mezut n’avait pas besoin de ça pour se perdre.

-M’sieur la phrase elle commence où ?

- Ben quand même Mezut. La phrase c’est tout ce que j’ai écrit au tableau. Ca commence par la majuscule et ça termine par le point. Quand même.

(…)

- Monsieur je comprends pas pourquoi y’a somme au milieu de la phrase.

- Somme, t’es sûre ?

Je me suis penché sur la feuille.

- Ah oui d’accord, somme toute. (…) Vous n’avez qu’à laisser tomber somme toute, dans la phrase ça sert à rien, on peut très bien l’enlever.

Alyssa a desserré l’emprise de ses dents sur le crayon.

- Pourquoi ils l’ont mis si ça sert à rien ?

- D’abord c’est pas il au pluriel, c’est il au singulier. Le gars qu’a écrit ça, il est tout seul.

- Si le gars il a mis somme toute, nous on peut pas l’enlever, sinon ça veut dire ça sert à rien.

- Non, pas vraiment, mais pour les compléments ça sert à rien.

- Donc on le garde.

- Voilà. On le garde mais on le regarde pas.

- C’est obligé qu’on le regarde.

- Bon alors tu regardes un bon coup et après tu finis l’exercice parce que là on a plus le temps. »

François Bégaudeau, Entre les murs, 2006 (Gallimard).

 

La fanfare électronique 18 septembre 2008

Classé dans : Mes yeux mes oreilles — Neige @ 10:50
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“Quand l’homme marche des jours à travers la steppe il ne rêve que d’une chose : rencontrer une ville. Et, avant même cette hypothétique rencontre, ses pensées la créent de toute pièce.”

Le concert-spectacle “Trois villes imaginaires” a été inspiré par l’œuvre de l’écrivain Italo Calvino “Les Villes Invisibles”. Marco Polo raconte à l’empereur Kublai Khan les villes qu’il a rencontrées lors de ses grands voyages. Chaque ville porte le nom d’une femme. Des villes fantasmatiques, rêvées, improbables, poétiques. Armille qui est faite sans murs, Octavie la ville toile d’araignée, Eutropie qui contient plusieurs villes habitées à tour de rôle, Irène qui change quand on l’approche, Isaura la ville aux mille puits, Raïssa la ville triste qui contient une ville heureuse, Despina la ville des confins entre deux déserts… Des villes qui “comme les rêves sont faites de désirs et de peurs”. C’est un très beau texte, et le thème des villes fantasmées me parle particulièrement.

Pour chacune de ces villes imaginaires (Zobéîde, Clarisse et Octavie), La fanfare électronique a conçu un paysage sonore. Assistez à une partie d’échec entre Marco Polo et le Grand Khan. Plongez dans les atmosphères que crée cette fanfare d’un autre type avec ses instruments-machines…

Concert de musique expérimentale
21 septembre à 20h au chapiteau d’Adrienne (18ème)

http://www.myspace.com/fanfareelectronique

http://www.fanfare-electronique.com/

http://www.chapiteau-adrienne.fr/new/spip.php?article61

Extraits des “Villes invisibles” d’Italo Calvino

“A Ersilie, pour établir les rapports qui régissent la vie de la ville, les habitants tendent des fils qui joignent les angles des maisons, blancs, ou noirs, ou gris, ou blancs et noirs, selon qu’ils signalent des relations de parenté, d’échange, d’autorité, de délégation. Quand les fils sont devenus tellement nombreux qu’on ne peut plus passer au travers, les habitants s’en vont : les maisons sont démontées, il ne reste plus que les fils et leurs supports (…) Ils réédifient Ersilie ailleurs”

“Je dirai maintenant comment est faite Octavie, ville-toile d’araignée. Il y a un précipice entre deux montagnes escarpées : la ville est au-dessus du vide, attachée aux deux crête par des cordes, des chaînes et des passerelles (…) En dessous, il n’y a rien pendant des centaines et des centaines de mètres : un nuage circule ; plus bas on aperçoit le fond du ravin. Telle est la base de la ville : un filet qui sert de lieu de passage et de support. Tout le reste, au lieu de s’élever par-dessus, est pendu en dessous : échelles de corde, hamacs, maisons en forme de sacs, terrasses semblables à des nacelles, outres pour l’eau, becs de gaz, tournebroches, paniers suspendus à des ficelles, monte-charges, douches, pour les jeux trapèze et anneaux, téléphériques, lampadaires, vases de plantes aux feuillages qui pendent. Suspendue au-dessus de l’abîme, la vie des habitants d’Octavie est moins incertaine que dans d’autres villes. Ils savent que la résistance du filet a une limite.”

“Celui qui va à Baucis ne réussit pas à la voir, et il est arrivé. Des perches qui s’élèvent du sol à grande distance les unes des autres et se perdent au-dessus des nuages soutiennent la ville. On y monte par de petits escaliers. Les habitants se montrent rarement à même le sol, ils préfèrent ne pas descendre. Rien de la ville ne touche terre en dehors de ces longues pattes de phénicoptère sur lesquelles elle s’appuie (…) On fait trois hypothèses sur les habitants de Baucis : qu’ils haïssent la Terre ; qu’ils la respectent au point d’éviter tout contact avec elle ; qu’ils l’aiment telle qu’elle était avant eux, et que s’aidant de longues-vues et de télescopes pointés vers le bas, ils ne se lassent pas de la passer en revue, feuille par feuille, rocher par rocher, fourmi par fourmi, y contemplant fascinés leur propre absence”