Emmanuelle Vial, Vestige des bulles 6.
Métro bondé fin de journée il fait chaud
ça pue le parfum bon marché la sueur l’impatience.
Elle aimerait suspendre le temps
se mettre dans une bulle.
Elle rêve de s’échapper
disparaître
se soustraire.
Elle méprise ce troupeau
les fourmis les sédentaires
leurs pensées de naphtaline.
Yeux fermés
lèvres serrées
elle veut le silence et la paix.
Elle veut le vide elle veut le rien.
Elle s’extrait de ce monde
se retire en elle-même.
Elle rêve d’un Ailleurs
un non-lieu
qui n’existerait que pour elle et à travers elle.

La rame s’immobilise dans un crissement strident
Les portes claquent enfin
Et avant que ne retentisse la sonnerie
Elle saute sur le quai
S’enfile dans l’étroit boyau
Et remonte à l’air libre
La ville est mouvante
L’asphalte s’ouvre par endroit
Laissant apparaître une herbe tendre et bleue
Les fenêtres des immeubles
Reflètent une lumière jaune
Les façades sont mangées par le lierre
Dans les cafés, les gens semblent figés
Au loin, une voiture s’abîme dans le caniveau
Et disparaît dans l’égout
Rêve-t-elle ?
Est-elle devenue folle ?
Elle s’envole dans l’air tiède
Cette fille, c’est moi?
Cela pourrait être moi!!!
Joyeux Noël!