la neige des mots

Je tourne pas rond 19 novembre 2008

Classé dans : Petites histoires — Neige @ 2:41
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Picasso

Un rire suraigu m’extirpe de ma torpeur. Je m’aperçois que je regarde TV5 depuis 3 h et que je scotche sur le jt suisse. J’écrase mon mégot.

Je vais à la cuisine. L’appart est plongé dans le noir. Putain il fait tout le temps nuit dans ce pays. Je mets une pizza au four. J’allume la petite lampe rouge du salon et une clope. Je tourne en rond.

Un brouhaha, des rires, du son, ya une fête chez les voisins.

J’aimerais bien monter, boire un verre avec des gens, danser. Ça fait si longtemps que je n’ai parlé à personne, j’ai l’impression que je n’y arriverai pas, que ma bouche va rester pâteuse et qu’aucun mot n’en sortira. A la limite si je pouvais parler français mais là.

La pizza est prête. Je sers aussi à manger au chat, comme ça on mange ensemble. J’écoute les bruits du dessus. J’essaie de m’imaginer la soirée. Ya du monde, la musique est forte, c’est de l’électro, des talons claquent. J’hésite. J’ai vraiment envie d’y aller, si ça se trouve je vais rencontrer des gens sympas, de toute façon j’ai rien à perdre. Je suis en pyjama, faudrait que je m’habille.

Je me dirige vers la salle de bain. Les mains sur le lavabo, je me regarde dans le miroir et je me parle. J’essaie de me motiver. Il fait si froid j’ai même pas le courage de me doucher. Je me mets à pleurer. En fait je n’ai le courage de rien, à quoi bon monter, personne ne me parlera et je me sentirai encore plus seule après. La force me manque pour m’habiller, me composer un visage et me mêler aux conversations. En même temps c’est peut-être justement la soirée qui va me faire sortir de cette solitude, tout pourrait changer si je me faisais des potes dans ce pays.

Je sais pas.

Je retourne dans le salon. Je m’assied, le chat s’approche, je lui demande son avis. Il ronronne. Je suis pathétique.

Je me relève, je tourne en rond. Ils écoutent Blondie là. J’adore. Je chantonne et esquisse un pas de danse. Je rapporte l’assiette dans la cuisine, je fais la vaisselle. Je retourne dans le salon, j’allume une clope. Je tourne en rond.

Je vais dans la chambre, je regarde les fringues que je pourrais mettre pour sortir. Je m’assied sur le lit je pleure puis je me mets en colère contre moi. Je retourne à la salle de bain, je me douche, je m’emmitoufle dans le peignoir, je me maquille.

Je mets mes longues boucles d’oreilles bleues.

Je suis comme saisie d’un doute. Je retourne dans le salon. Je tourne en rond. La fête bat toujours son plein, j’ai même l’impression que c’est encore plus bruyant, ils dansent. A cette heure là ils doivent être  déjà bien bourrés. J’allume une clope.

Je m’étends en peignoir et je reste là à écouter la fête jusqu’à ce que les derniers bruits s’éteignent.

 

4 Responses to “Je tourne pas rond”

  1. zeugmo Says:

    J’ai cru un moment que vous alliez danser dans votre salon avec le chat comme partenaire particulier. Les affres de la solitude et la peur d’affronter le monde que s’en suit : j’aime beaucoup ce texte. Je reviendrai. :)

  2. Maclaine Says:

    J’aime aussi beaucoup ton texte…ça sent le désespoir Berlinois a plein nez, et je m’y retrouve aussi pas mal…
    moi aussi je reviendrai…encore et toujours…plus le temps passe, et plus ton blog monte dans mes favoris, pour se rapprocher bientôt d’hotmail, de la société générale et autres indispensables…
    des bisous, bravo pour ton investissement et merci pour l’écharpe :)

  3. Neige Says:

    @zeugmo: merci et bienvenue, je vais de ce pas faire un tour chez toi
    @Maclaine: Oui c’est drôle l’autre soir après que vous soyez partis j’ai écouté la fête des voisins du dessus et ça m’a rappelé cette soirée de loose totale à Berlin…
    merci de ton amitié et de ta fidélité autant dans la vie qu’à mon blog !

  4. Philémon Says:

    Je n’aime pas voir ma maîtresse quand elle erre ainsi comme une âme en peine dans l’appartement. Oh, je sais, je suis indépendant, et d’habitude, je me fous complètement de ce qui m’entoure lorsque ma gamelle est pleine. Et je dois dire que j’ai eu un peu peur, lorsqu’on s’est rencontrés, mais tout va bien, je suis bien nourri et ma litière est régulièrement changée. A croire qu’elle transfère toute son irrésolution et son irresponsabilité sur sa propre vie, alors qu’il serait si facile de se servir de moi comme d’un souffre-douleur.
    On s’est croisé il y a trois ans, déjà. J’étais tout petit, sevré tout de même, et elle a tout de suite craqué devant mon petit minois tout frais et mon impétuosité. Pourtant, ce n’était pas gagné. J’avais entendu souvent la maîtresse de ma mère parler d’elle, j’avais cru comprendre qu’elle était dans une période un peu dépressive, et là, avec ma toute petite conscience de chaton, j’ai eu un peu peur du transfert, si vous voyez ce que je veux dire.
    Et bien non. Le soir même, bien au chaud contre sa poitrine sous son manteau d’hiver – je ne sais pas pourquoi, mais notre rencontre ne pouvait se faire qu’en hiver, je pense -, elle m’emmena dans ma nouvelle maison.
    Oh, bien sûr, je fus un peu surpris du capharnaüm qui régnait chez elle, des revues d’art partout, un violoncelle posé dans un coin, des photos, des coussins, du linge traînant par terre, mais que du linge douillet, du cachemire, des mohairs, de la soie, de la dentelle, des dessous à profusion également…
    Pour une première soirée ensemble, elle m’apprivoisa maladroitement. Moi, pour vous dire, je sentais bien qu’elle était un peu foutraque, cette petite, mais elle était douce et surtout, elle sentait bon, et ça, moi, ça me fait craquer. Alors j’ai fait mon faux timide, je suis monté sur ses genoux, me suis couché entre ses cuisses que je devinais satinées et pulpeuses. Et je me suis mis à ronronner, pour son plus grand plaisir. Les humains sont tellement faciles à attendrir, quand on est un petit chat. Mais là, c’était de ma part sincère, elle me plaisait bien, ma petite maîtresse.
    Nous vécûmes ainsi heureux pendant environ six mois, j’étais un élément stabilisateur pour elle, comme disent les psy. Elle vaquait à ses occupations, lisait beaucoup, peignait un peu aussi, et je m’amusais à mélanger ses pinceaux. Cela finissait toujours par un museau plein de peinture, elle riait aux éclats et s’empressait de me frotter vigoureusement pour rendre mon pelage tout doux.
    Le soir, tandis qu’elle lisait allongée sur le canapé, je me couchais sur ses cuisses, toutes douces, remontant parfois sa jupe pour profiter de la chaleur de ses bas, ou alors, lorsqu’elle regardait la télévision ou elle rêvait, je m’allongeais contre sa poitrine, qu’elle avait assez ferme et un peu opulente. Nous étions bien.
    Puis il vint. De suite, à sa manière de me regarder, de me taquiner parfois méchamment, je sus que ce n’était pas le bon. Mais elle semblait subjuguée. Le premier soir où ils restèrent à discuter des heures, je tentai plusieurs fois de m’allonger sur ses jambes, comme à notre habitude, mais elle me reposait sur le tapis. Oh, j’ai bien vu qu’elle écartait lentement les cuisses, que la jupe remontait encore plus haut que de décence à chaque fois qu’elle se rasseyait.
    Puis d’autorité, il lui posa la main sur le genou, et inexorablement remonta fouiller entre ses cuisses. Elle eut un rire de gorge que je n’aimais pas, mais rien n’y fit, elle sauta sur ses pieds pour entraîner cet homme dans sa chambre. Je tentai de me faufiler, mais le salopard me donna un coup de pied et faillit me claquer la porte sur les pattes. Je ne pus m’endormir, toujours aux aguets, l’écoutant roucouler, feuler, gémir…
    Le lendemain matin, elle se leva plus tardivement, et pour la première fois oublia ma petite caresse matinale, et laissa ma gamelle vide.
    L’homme revint souvent, puis il s’installa carrément chez moi, et je vécus un enfer, n’ayant des moments d’intimité que lorsqu’il était absent.
    Puis les roucoulements les feulements, les gémissements se firent plus rares, oh, bien sûr je ne doutais pas qu’ils fassent encore souvent l’amour, mais je voyais à l’air triste de ma petite maîtresse que ça n’allait pas. Le matin, elle avait repris ses habitudes de me prendre dans ses bras, je me blottissais contre sa poitrine, et je ronronnais. Je voyais bien qu’elle avait pleuré dans la nuit.
    Puis il y eut des cris, des engueulades pendant lesquelles je me cachai sous le canapé. Et ce midi, lorsqu’il se leva enfin, l’orage éclata. Je n’avais jamais vu ma petite maîtresse dans cet état. Elle si douce, si câline, était devenue une furie, qui ne s’en laissait pas conter. Alors, après qu’il l’eut giflé, elle lui dit d’une voix froide de faire son sac et de se casser, ce furent ses termes exacts.
    Il est parti depuis huit heures maintenant, et pendant toutes ces heures, ma maîtresse est restée prostrée sur le canapé, se levant seulement pour chercher un paquet de cigarettes dans son sac, et pour se servir un verre de whisky. Elle dort d’un sommeil très agité, je l’entends se dire faut que je me secoue, je ne peux pas rester dans cet état à cause de ce connard.
    J’ai espéré longtemps qu’elle rejoigne comme elle le faisait parfois, en m’emportant dans ses bras, ses amis du 3ème qui devaient faire la fête, vu le bruit et les allées et venues dans l’escalier. Elle est allée chercher une jolie robe dans sa penderie, une paire de bas et des escarpins, puis est passée dans la salle de bain. Mais voilà un quart d’heure qu’elle hésite, elle se regarde, s’horrifie de ses traits tirés, revient allumer une cigarette et boire une gorgée d’alcool.
    Enfin, je l’entends se doucher, elle ressort en peignoir, maquillée, avec ses jolies boucles d’oreille bleues que j’aime tant faire balancer d’un coup de patte. Mais elle n’enfilera pas la robe, les bas et les escarpins.
    Elle va s’allonger les yeux au ciel, perdus dans le vague, sur le canapé, en attendant que les bruits s’estompent. Et moi, je vais me coucher contre elle, une patte sur son sein, comme pour lui dire que son homme, c’est moi. Et si je pouvais parler, je lui dirais comme je l’aime, ma petite maîtresse, et comme pour moi c’est la plus belle.


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