René Magritte, la corde sensible, 1960.
… ok on se voit dimanche, bonne nuit!
Elle tâtonne pour trouver l’interrupteur (elle a toujours peur de se tromper un jour où elle serait trop avinée et de sonner chez les voisins au lieu d’allumer la lumière), elle enlève ses talons, elle se met à descendre l’escalier. Elle se rend compte combien elle est bourrée (ça tourne ça tournoie ça tourbillonne). Trois étages plus bas, prise d’une hilarité solitaire, un chatouillement nerveux dans le bide, elle échange les paillassons de trois voisins (c’est sa blague favorite en sortant de soirée dans les immeubles), yen a un banal tout marron, un vert gazon avec marqué bienvenue, le troisième ya des fleurs dessus (des marguerites ?), furtivement elle s’imagine la remise en place le lendemain, et ptetre qu’ils penseront que c’est des gamins qui se sont amusés, ben non je ne suis plus une enfant se marre-t-elle. Putain la minuterie s’éteint elle tâtonne à nouveau, elle se pète à moitié la gueule (j’en tiens une bonne elle se dit). Elle remet ses talons, elle s’extrait de l’immeuble, de la cour, dans la rue elle tourne à gauche, fait demi-tour (par là c’est quand même plus court), les lampadaires sont éteints (c’est fait exprès ou quoi) c’est pas grave elle connaît le chemin par cœur si elle ne l’a pas fait cent fois c’est qu’elle l’a fait mille fois. Elle passe près de son ancien bahut elle ne peut s’empêcher de repenser les années de lycée (la sonnerie, le foyer avec sa machine à café, les potes sur la pelouse, les cours qu’on sèche, la bise le matin, les ptits mots échangés en histoire, la clope de la pause parce qu’on dit plus récré au lycée …). Personne, elle marche au milieu des rues, ça tourne toujours, des fois elle avance super vite d’autres fois elle sent ses jambes toutes molles toutes en coton (elle se demande si elle va vomir). Machinalement elle tape son code, l’ascenseur est là (ça tombe bien), elle monte, elle cherche ses clés dans son sac de Mary Poppins, doucement elle ouvre la porte (faut pas le réveiller), elle longe le couloir enlevant ses fringues une à une, doucement elle entre dans la chambre (faut pas le réveiller), doucement elle s’allonge dans le lit (faut pas le réveiller), elle se couche tout contre lui, doucement elle le réveille.

Elle le reveille… Elle le reveille… argh! Et ensuite?
Comment ça obsédé ?
Max! (grondement faussement désapprobateur)
Je trouve ça très dur d’écrire des textes érotiques en fait. Mais pourquoi pas m’y essayer un de ces quatre, quand je serai plus à l’aise avec mon écriture et avec le regard des lecteurs.
@ Magda : ouais, du c…, du c…! hihi
J’aime beaucoup l’échange de paillasson. Elle me fait rigoler cette fille. J’irais bien boire un coup avec elle. Ah c’est toi? Pardon, à cause des talons je ne t’avais pas reconnu. On va boire un coup?
reconnue*
Mince je suis démasquée! Oui des fois je mets des talons pour faire Femme…
On boit un coup (ou deux!) cette semaine!
Youpi!!!
Je trouve ce texte très intéressant, car on sent, au travers du rythme, des mots, du phrasé, l’ivresse de la fille et son instabilité, exacerbée par les talons. J’y retrouve l’esprit et la mécanique d’Italo Calvino, dans les Leçons américaines, en particlier dans le texte “la légèreté”, avec ce parti-pris d’un rythme et des mots légers, en l’occurence, pour souligner le propos.
Très joli texte en tout cas, qui percute l’imaginaire. Belle réussite.
Quand au réveil de l’être aimé, il n’est pas nécessaire de décrire la suite, nous savons tous l’ivresse d’une fusion entre une âme avinée et un corps endormi… Un récit autobiographique ?