la neige des mots

Carte de noël 28 décembre 2008

Classé dans : Digressions — Neige @ 6:43
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Mark Ryden

Mark Ryden, The Creatrix, 2005, huile sur toile.

 

L’étrange noël 27 décembre 2008

Classé dans : vanités — Neige @ 8:13
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l'étrange noël de M. Jack

L’étrange noël de M. Jack de Tim Burton.

 

Se soustraire 20 décembre 2008

Classé dans : Parenthèses poétiques — Neige @ 5:14
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Vestige des bulles 6

Emmanuelle Vial, Vestige des bulles 6.

Métro bondé fin de journée il fait chaud
ça pue le parfum bon marché la sueur l’impatience.

Elle aimerait suspendre le temps
se mettre dans une bulle.

Elle rêve de s’échapper
disparaître
se soustraire.

Elle méprise ce troupeau
les fourmis les sédentaires
leurs pensées de naphtaline.

Yeux fermés
lèvres serrées
elle veut le silence et la paix.

Elle veut le vide elle veut le rien.

Elle s’extrait de ce monde
se retire en elle-même.

Elle rêve d’un Ailleurs
un non-lieu
qui n’existerait que pour elle et à travers elle.

 

Le festin chinois 17 décembre 2008

Classé dans : Mes yeux mes oreilles — Neige @ 5:49
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Le festin chinois

Sun a vraiment besoin d’argent pour aller rejoindre sa copine au Canada, mais il refuse de continuer à se joindre à la pègre locale. Il triche à un concours de cuisine et se fait embaucher dans un restaurant réputé, où il provoque catastrophe sur catastrophe. Il se rapproche de la fille du chef, l’excentrique voire hystérique Au Ka-Wai. Lorsque le restaurant se retrouve menacé par un maître cuisinier qui lui lance le défi de remporter le festin impérial, Sun va tout faire pour que son restaurant triomphe.

Le film pourrait être un banal film comique à l’humour bien chinois, si il ne tournait pas autour de la gastronomie et si le burlesque n’était pas poussé à son comble (par exemple le ballet avec le poisson géant dans le restaurant et la succession de gaffes pendant la rencontre des mafieux). L’intrigue principale du film est le duel culinaire que se livrent les candidats à la préparation du festin impérial, le mythique festin aux 103 plats. Les préparations culinaires sont chorégraphiées et filmées comme du kung-fu, l’oignon se coupe au sabre, les nouilles volent au-dessus des woks, les recettes sont dingues (patte d’ours dans sa glace, trompe d’éléphant au miel) et présentées avec raffinement.

Les cuisiniers sont interprétés par des artistes martiaux, et le film intègre l’art martial dans la plus pure tradition du « film de sabre chinois » (ou wu xia pian) : le défi entre deux écoles différentes, le combat entre le bien et le mal, entre le désir et le devoir, la rédemption et le retour du héros déchu, son entraînement pour recouvrer sa force et le combat final. Le tout enrobé d’une dose d’humour énorme.

A noter qu’il existe vraiment en Chine un concours de cuisine qui oppose tous les cinq ans pendant plusieurs jours  les meilleures toques chinoises, avec les recettes et les présentations les plus  sophistiquées qui soient.

 

Rue Grégoire de Tours 14 décembre 2008

Classé dans : Petites histoires — Neige @ 5:04
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Il est allongé contre moi. Je le regarde dormir. Je n’arrive pas à croire qu’il soit revenu. Je suis allée en Italie, j’ai vu le soleil, mais je n’ai pas réussi à passer à autre chose. J’ai quand même pensé à lui. Tout le temps. Et en rentrant à l’appart, notre appart, il était là. Tout simplement. J’ai cru défaillir, puis j’ai caché mon trouble, j’ai enfoui mes questions. Je ne lui ai jamais demandé pourquoi il était parti, où il était, ce qu’il avait fait, pourquoi il était revenu. Bizarrement je m’en fous complètement. Il est là et c’est tout ce qui compte. Je l’adore. Je suis si avide de lui. Je regarde sa bouche tout le temps, parfois je ne l’écoute même plus, j’ai tellement envie de dévorer ses lèvres. Mais je lui en veux encore et je ne peux me défaire de l’impression que je vais me réveiller et qu’il aura à nouveau disparu. Je m’efforce de ne pas y penser, mais au moment de m’endormir tous les soirs, je suis saisie d’une angoisse sourde et je reste là à le regarder, pleine d’interrogations.
Je me blottis tout contre lui, la tête dans son aisselle je le renifle comme un petit animal.
Je le sais bien pourtant.
Il repartira.

Brassaï, Chez Suzy, rue Grégoire de Tours, 1932.

Brassai

Elle est allongée contre moi. Je la regarde dormir. Finalement, je ne lui ai jamais envoyé la lettre. Mais je suis revenu. J’ai tout laissé derrière moi là-bas et je suis rentré à l’appart, tout joyeux avec mon sac en toile, comme le marin qui rentre au port. Elle n’était pas là. Cette fois c’est moi qui l’ai attendu. Elle est revenue d’Italie. Elle n’a jamais posé de questions. Je suppose qu’elle ne veut pas savoir. Je l’adore. Je la trouve encore plus insouciante qu’avant. Plus libre, plus sensuelle, goulue même. Elle me fait l’amour. Parfois violemment. J’ai envie de profiter au maximum, de vivre à fond avec elle. On ne travaille pas. On sort, on se balade, on fait l’amour n’importe où, dans les parcs, dans la voiture, dans le train, au cinéma, dans les toilettes des boites, l’autre jour derrière un arbre au Père Lachaise. Ce qui est étrange, c’est qu’elle n’a pas changé d’attitude envers moi, on dirait qu’elle ne m’en veut pas, elle est restée si spontanée et passionnée.
Je me suis réveillé avant elle, et je la regarde. Elle fronce les sourcils en dormant.
Je pense qu’elle le sent, une partie d’elle le sait bien.
Je repartirai.

 

Au bout du quai 10 décembre 2008

Classé dans : Petites histoires — Neige @ 2:27
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Paul Delvaux

Paul Delvaux, La robe de mariée, 1976.


Il fait encore nuit. J’ai si froid. Ça fait des heures, des jours que je l’attends, au bout du quai, dans cette putain de gare déserte, dans cette putain de brume matinale, des mois maintenant que je l’attends.

En vain. Je sais qu’il ne reviendra jamais. Mais je ne l’apprends pas. Je m’y refuse. Je m’y oppose. Je l’aime tellement, j’ai envie de le hurler aux voies ferrées. Rendez-le moi !

Pour lui j’ai tout perdu. Ma famille, mes amis. Ma dignité. Ma raison. Mon appart qu’il trouvait trop vieillot. Mon chat qui lui filait des allergies.

Est-ce que je n’ai pas toujours su que c’était un arnaqueur et un aventurier, qu’il repartirait sans un mot sans un bruit ? J’ai arrêté de réfléchir, de m’interroger, de contester, j’ai cru qu’il n’y avait plus de questions, j’ai cru qu’il était l’essentiel.

Et le jour où il a pris ce train pour Bruxelles je n’ai même pas vérifié qu’il avait bien un aller-retour ; sa longue étreinte désespérée, qui m’a laissée le souffle court, haletante et humide sur le quai, n’a éveillé aucun soupçon en moi. J’ai envoyé des baisers avec mes mains tout le temps que le train partait, même quand il ne pouvait plus me voir derrière sa fenêtre.

Et quand il n’est toujours pas revenu au bout du week-end, puis au bout de la semaine, puis au bout du mois… Impossible pour moi de comprendre.

Au début j’ai eu carrément envie de me tirer une balle, j’ai joué à la roulette russe avec mon petit flingue. Clic. Clac. J’ai pris diverses drogues. Se laisser sombrer. Profond. Puis j’ai été très en colère, contre lui mais surtout contre moi. Puis je suis devenue folle. Complètement barrée et complètement seule. Je me suis mise à penser qu’il allait revenir, et je me suis mise à aller tous les jours attendre le train de Bruxelles, qui passait à 6h25.

Et ce matin encore me voilà au bout de ce quai, superbe dans ma robe d’un blanc virginal, pomponnée, coiffée, maquillée, parfumée,  épilée, porte-jarretellée, ayant appris par cœur des mots  brûlants que je lui dirais quand il me prendra dans ses bras en descendant. Pour qu’il ne reparte plus jamais. Comme tout les jours je me suis postée au début du quai n°5, à la seule sortie possible, j’ai plissé les yeux pour bien voir les têtes de tous les passagers qui s’éparpillaient, ensuite j’ai descendu le quai jusqu’au bout, vérifié dans le train qu’il n’y avait vraiment plus personne, et me voilà scrutant le lointain des rails avec la main sur le front, comme une femme de marin devant la mer maudite.

Tout à coup au bout de ce quai, dans la clarté  de la lune, je ris, à poumons déployés, un rire formidable, énorme, qui enfle et résonne, libérateur. C’est mon tour de prendre le train. Tout à coup, je veux voir le soleil.  Je veux revivre, je veux m’amuser, je veux créer à nouveau. Et écrire enfin notre histoire pour pouvoir tourner la page.

 

L’expo tripée du mois 8 décembre 2008

Classé dans : Mes yeux mes oreilles — Neige @ 1:24
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Jackson Pollock, Composition aux formes ovales, 1934-1938.

J. Pollock


« Pollock et le chamanisme » à la Pinacothèque de Paris, aborde  l’œuvre de l’artiste sous un aspect méconnu. L’expo étaye une thèse de l’historien de l’art Stephen Polcari selon laquelle les dripping de Pollock ne sont pas justes abstraits, mais au contraire peuplés de références chamaniques. Plusieurs thèmes directement liés au chamanisme sont en effet clairement présents dans les œuvres de jeunesse de Pollock: le sacrifice, la fusion homme-animal (la transformation du chamane en un animal totémique est l’une des conditions de son voyage dans l’invisible), la naissance, la mort, la transe.

Les corps se mêlent, se transforment, les squelettes dansent, l’âme s’enroule comme un serpent, se libère comme un oiseau, dans une explosion de couleurs et de symboles. On évolue dans l’expo au son des rites amérindiens, dans un parcours pensé comme le voyage initiatique du chamane : la simulation de la violence, du chaos et de la mort; la fusion de l’homme et de l’animal pour renaître après le sacrifice, l’accouplement  symbolique de l’homme et de la femme, la renaissance.

On suit dans cette atmosphère singulière le cheminement spirituel de Pollock, inspiré par la psychanalyse jungienne, les expériences des Surréalistes et le chamanisme. La démonstration est bien faite, avec de magnifiques objets rituels amérindiens et des tableaux du Surréaliste André Masson.

Je ressors en me demandant si Pollock, alcoolique notoire, prenait des  substances comme les chamanes pour accéder à d’autres mondes ?

Jusqu’au 15 février 2009.

Prenez-vous pour Pollock!

 

Fantasmagorie 3 décembre 2008

Classé dans : Parenthèses poétiques — Neige @ 5:14
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Dorothea Tanning

Dorothea Tanning, Eine kleine Nachtmusik (Une petite musique de nuit), 1943.

Elle se réveille d’un drôle de cauchemar
elle enfile ses souliers
- vite vite – elle voudrait être loin.

Elle se faufile sans bruit
elle allume sa lanterne
l’asphalte vibre et rayonne
elle écarquille les yeux
elle voit l’imperceptible
- elle rit – ses pensées éclatent.

Quelque chose se passe dans la ville
l’air devient léger – la lune magnétique
le tram jaune prend le chemin du ciel
un homme regarde son vélo flotter
il se laisse aller – le temps ralentit -
il sourit – sa poitrine se libère.

La petite fille n’a plus peur
elle est évanescente
fantasmagorie naissante.

 

La rose de Personne 26 novembre 2008

Classé dans : vanités — Neige @ 3:16
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VanitéGuido Mocafico, “Omnia vanitas” photographie, 2007.

“Personne ne nous pétrira de nouveau de terre et d’argile,
personne ne soufflera la parole sur notre poussière.
Personne.

Loué sois-tu, Personne.
C’est pour te plaire que nous voulons
fleurir.
A ton
encontre.

Un Rien,
voilà ce que nous fûmes, sommes et
resterons, fleurissant :
La Rose de Néant, la
Rose de Personne.”

Paul Celan, extrait de “Psaume”, dans “La Rose de Personne”, 1963.

 

Je tourne pas rond 19 novembre 2008

Classé dans : Petites histoires — Neige @ 2:41
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Picasso

Un rire suraigu m’extirpe de ma torpeur. Je m’aperçois que je regarde TV5 depuis 3 h et que je scotche sur le jt suisse. J’écrase mon mégot.

Je vais à la cuisine. L’appart est plongé dans le noir. Putain il fait tout le temps nuit dans ce pays. Je mets une pizza au four. J’allume la petite lampe rouge du salon et une clope. Je tourne en rond.

Un brouhaha, des rires, du son, ya une fête chez les voisins.

J’aimerais bien monter, boire un verre avec des gens, danser. Ça fait si longtemps que je n’ai parlé à personne, j’ai l’impression que je n’y arriverai pas, que ma bouche va rester pâteuse et qu’aucun mot n’en sortira. A la limite si je pouvais parler français mais là.

La pizza est prête. Je sers aussi à manger au chat, comme ça on mange ensemble. J’écoute les bruits du dessus. J’essaie de m’imaginer la soirée. Ya du monde, la musique est forte, c’est de l’électro, des talons claquent. J’hésite. J’ai vraiment envie d’y aller, si ça se trouve je vais rencontrer des gens sympas, de toute façon j’ai rien à perdre. Je suis en pyjama, faudrait que je m’habille.

Je me dirige vers la salle de bain. Les mains sur le lavabo, je me regarde dans le miroir et je me parle. J’essaie de me motiver. Il fait si froid j’ai même pas le courage de me doucher. Je me mets à pleurer. En fait je n’ai le courage de rien, à quoi bon monter, personne ne me parlera et je me sentirai encore plus seule après. La force me manque pour m’habiller, me composer un visage et me mêler aux conversations. En même temps c’est peut-être justement la soirée qui va me faire sortir de cette solitude, tout pourrait changer si je me faisais des potes dans ce pays.

Je sais pas.

Je retourne dans le salon. Je m’assied, le chat s’approche, je lui demande son avis. Il ronronne. Je suis pathétique.

Je me relève, je tourne en rond. Ils écoutent Blondie là. J’adore. Je chantonne et esquisse un pas de danse. Je rapporte l’assiette dans la cuisine, je fais la vaisselle. Je retourne dans le salon, j’allume une clope. Je tourne en rond.

Je vais dans la chambre, je regarde les fringues que je pourrais mettre pour sortir. Je m’assied sur le lit je pleure puis je me mets en colère contre moi. Je retourne à la salle de bain, je me douche, je m’emmitoufle dans le peignoir, je me maquille.

Je mets mes longues boucles d’oreilles bleues.

Je suis comme saisie d’un doute. Je retourne dans le salon. Je tourne en rond. La fête bat toujours son plein, j’ai même l’impression que c’est encore plus bruyant, ils dansent. A cette heure là ils doivent être  déjà bien bourrés. J’allume une clope.

Je m’étends en peignoir et je reste là à écouter la fête jusqu’à ce que les derniers bruits s’éteignent.